{"id":52,"date":"2019-02-06T11:15:23","date_gmt":"2019-02-06T10:15:23","guid":{"rendered":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/?page_id=52"},"modified":"2020-07-12T20:30:32","modified_gmt":"2020-07-12T18:30:32","slug":"34-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/34-2","title":{"rendered":"L&rsquo;hospitalit\u00e9 oeuvre de mis\u00e9ricorde"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><h3 style=\"text-align: center;\">L\u2019hospitalit\u00e9, oeuvre de mis\u00e9ricorde.<\/h3><\/p>\n\n\n\n<p><em>par Anne-Marie Maillard, oblate de la Congr\u00e9gation<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>I \u2013 UNE TRADITION HOSPITALI\u00c8RE \u00c0 L\u2019HOSPICE DU GRAND SAINT BERNARD<\/p>\n\n\n\n<p>Le col du Mont Joux (ou Montjou ), situ\u00e9 \u00e0 2500 m\u00e8tres, a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019un des grands passages \u00e0 travers les Alpes. Au XIe si\u00e8cle, il est l\u2019un des plus fr\u00e9quent\u00e9s, mais il est devenu aussi l\u2019un des plus dangereux : pire que la temp\u00eate de neige, pire que le brouillard, pire que l\u2019avalanche, le brigandage y s\u00e9vit.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Sarrasins, battus en France, se sont retir\u00e9s dans les hautes vall\u00e9es des Alpes et d\u00e9valisent syst\u00e9matiquement tous les passants : voyageurs, p\u00e8lerins ou marchands que la n\u00e9cessit\u00e9 a conduits dans ces lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 italien, au bas dans la vall\u00e9e, un homme \u00e9coute avec attention le r\u00e9cit des pauvres voyageurs qui arrivent du Mont Joux, d\u00e9pouill\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s de fatigue : c\u2019est Bernard de Menthon (996 \u2013 1081). Il est archidiacre d\u2019Aoste.<\/p>\n\n\n\n<p>Boulevers\u00e9 au plus profond de lui-m\u00eame et conscient qu\u2019il faut faire quelque chose, il s\u2019en remet au Christ et con\u00e7oit un projet, qui t\u00e9moigne de la plus pure lumi\u00e8re \u00e9vang\u00e9lique : se rendre pr\u00e9sent au c\u0153ur de ce probl\u00e8me social et y \u00eatre signe efficace de la Pr\u00e9sence de Dieu au milieu de l\u2019histoire des hommes\u2026.une histoire toujours aussi triste, angoiss\u00e9e, sanglante. Vers 1050, il construit l\u2019Hospice pour venir en aide \u00e0 ceux qui doivent franchir ce p\u00e9rilleux passage qui fait tant de victimes.<\/p>\n\n\n\n<p>Une mission : la Louange et l\u2019Hospitalit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>A ce service sur la montagne, le \u00ab p\u00e8lerin du Seigneur \u00bb comme on appela Saint Bernard fit appel \u00e0 des religieux de l\u2019Ordre de Saint Augustin, leur demandant de se d\u00e9vouer jusqu\u2019au p\u00e9ril de leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ici le Christ est ador\u00e9 et nourri \u00bb : telle sera leur devise.<br>\u00ab Pri\u00e8re et amour universel \u00bb : tel sera le secret de leur d\u00e9vouement.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint Bernard apprit \u00e0 ses fils \u00e0 se tenir d\u2019abord immobile devant Dieu, dans la contemplation pour mieux cheminer avec tous les hommes. Aussi confie-t-il \u00e0 la communaut\u00e9 des religieux de l\u2019hospice, comme premi\u00e8re t\u00e2che, la mission de louer le Seigneur : passer chaque jour par le Christ avec le monde entier pour le consacrer au Dieu vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>La louange est un chant d\u2019\u00e9ternit\u00e9, mais \u00ab celui-l\u00e0 seul est chr\u00e9tien, qui, jusque dans sa maison et dans sa patrie, se reconna\u00eet p\u00e8lerin et pratique l\u2019hospitalit\u00e9 pour arriver par elle jusqu\u2019\u00e0 Dieu\u2026. \u00bb (Saint Augustin). Ce Christ lou\u00e9 et ador\u00e9 dans la pri\u00e8re, il faut en prendre soin dans ce fr\u00e8re rencontr\u00e9 sur la route. Et, ici sur la montagne, la charit\u00e9 n\u2019a pu se contenter d\u2019\u00eatre accueillante : elle a d\u00fb se faire pr\u00e9venante, elle a d\u00fb aller sur les chemins, elle a d\u00fb faire la tr\u00e2ce et ouvrir la piste, elle a d\u00fb aller \u00e0 la rencontre de l\u2019\u00e9gar\u00e9 :<br>\u00ab Chaque jour, deux guides s\u2019en iront de chaque c\u00f4t\u00e9 de la montagne, jusqu\u2019\u00e0 la distance d\u2019environ une lieue ; plus loin si la n\u00e9cessit\u00e9 se fait sentir. Ils apporteront avec eux la nourriture habituelle : le pain, le vin, le fromage, comme on l\u2019a toujours fait. Si les deux guides ne suffisent pas \u00e0 porter secours, l\u2019un des deux ira qu\u00e9rir un renfort imm\u00e9diat aupr\u00e8s du Sup\u00e9rieur.<br>Apr\u00e8s une nuit pass\u00e9e \u00e0 l\u2019hospice \u2013 ou plus, s\u2019il y a temp\u00eate \u2013 les guides repartiront avec les voyageurs, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils soient sortis des p\u00e9rils de la neige. \u00bb<br>Anciennes Constitutions de l\u2019Hospice, de 1438.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi durant neuf si\u00e8cles, les religieux demeur\u00e8rent fid\u00e8les \u00e0 leur mission : ils jetaient vers Dieu leurs psaumes et leurs hymnes et puis s\u2019en allaient \u00e0 la rencontre des voyageurs.<br>L\u2019hospitalit\u00e9, raison d\u2019\u00eatre de cet hospice, \u00e9tait accord\u00e9e absolument gratuitement : le g\u00eete et le couvert \u00e9taient ainsi offerts \u00e0 tous les voyageurs sans restriction. L\u2019accueil devait \u00eatre le m\u00eame pour tout homme, quels que soient sa religion, sa nationalit\u00e9, son \u00e2ge, sa fortune\u2026qu\u2019il soit homme d\u2019\u00e9glise, p\u00e8lerin, trafiquant, malfaiteur fuyant la justice\u2026 la seule priorit\u00e9 allait \u00e0 celui qui \u00e9tait le plus en danger !<\/p>\n\n\n\n<p>Nul n\u2019avait le droit de s\u2019installer. Apr\u00e8s avoir repris des forces, il fallait poursuivre sa route.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019 aujourd\u2019hui les circonstances aient bien chang\u00e9s, la vocation traditionnelle d\u2019accueil de l\u2019hospice n\u2019en conserve pas moins sa raison d\u2019\u00eatre, elle a d\u00fb \u00eatre adapt\u00e9e.<br>Fid\u00e8les \u00e0 l\u2019intuition de leur fondateur, les fils de Saint Bernard de Menthon ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accompagner ces nouveaux p\u00e8lerins du 20\u00e8me si\u00e8cle, en qu\u00eate d\u2019un sens \u00e0 leur vie, en qu\u00eate d\u2019un absolu motivant le risque de la vie. L\u2019hospice se veut toujours largement ouverte \u00e0 tous ses fr\u00e8res qui viennent aujourd\u2019hui en montagne chercher un peu d\u2019air pur et faire l\u2019exp\u00e9rience pour quelques jours, d\u2019une vie sobre, d\u00e9pouill\u00e9e et exigeante.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint Bernard a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 patron de montagnards et des alpinistes en 1923. Ainsi tous les 15 juin, il est fait m\u00e9moire de ce \u00ab p\u00e8lerin du Seigneur \u00bb. Autour de la communaut\u00e9 des religieux de l\u2019Hospice, se r\u00e9unissent dans l\u2019action de gr\u00e2ce, amis, familiers et parents. C\u2019est \u00e0 partir de ce que nous disent les textes liturgiques de cette solennit\u00e9, que nous allons essayer de rentrer plus en avant dans cette \u0153uvre de mis\u00e9ricorde qu\u2019est l\u2019hospitalit\u00e9 chr\u00e9tienne pratiqu\u00e9e et dont St Fran\u00e7ois de S\u00e2les s\u2019inspira, au XIV\u00e8me si\u00e8cle dans un trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L\u2019hospitalit\u00e9, hors l\u2019extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9, est un conseil. Recevoir l\u2019\u00e9tranger en est le premier degr\u00e9 ; mais aller sur les avenues des chemins pour l\u2019inviter, comme faisait Abraham, c\u2019est un degr\u00e9 plus haut ; et encore plus de se loger dans des lieux p\u00e9rilleux pour h\u00e9berger, aider et servir les passants : en quoi excella ce grand saint Bernard de Menthon, originaire de ce dioc\u00e8se, lequel \u00e9tant issu d\u2019une maison fort illustre habita plusieurs ann\u00e9es entre les monts et les cimes de nos alpes, y assembla plusieurs compagnons, pour attendre, loger, secourir, d\u00e9livrer des dangers de la tourmente les voyageurs et passants qui seraient morts dans les orages, les neiges et froidures, sans les hospices que ce grand ami de Dieu \u00e9tablit et fonda sur les deux monts qui pour cela sont appel\u00e9s de son nom, Grand Saint Bernard au dioc\u00e8se de Sion et Petit Saint Bernard en celui de Tarentaise\u2026\u2026..\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>LA LITURGIE DE L\u2019 HOSPITALIT\u00c9<\/p>\n\n\n\n<p>1) \u2013 L\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019Abraham \u2013 Gn 18,1-16<\/p>\n\n\n\n<p>Aux ch\u00eanes de Mambr\u00e9, le Seigneur apparut \u00e0 Abraham,<br>qui \u00e9tait assis \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la tente.<br>C\u2019\u00e9tait l\u2019heure la plus chaude du jour.<br>2 Abraham leva les yeux,<br>et il vit trois hommes qui se tenaient debout pr\u00e8s de lui.<br>Aussit\u00f4t, il courut \u00e0 leur rencontre,<br>Se prosterna jusqu\u2019\u00e0 terre et dit :<br>3 \u00ab Seigneur, si j\u2019ai pu trouver gr\u00e2ce \u00e0 tes yeux,<br>ne passe pas sans t\u2019arr\u00eater pr\u00e8s de ton serviteur.<br>4 On va vous apporter un peu d\u2019eau,<br>vous vous laverez les pieds,<br>et vous vous \u00e9tendrez sous cet arbre.<br>5 Je vais chercher du pain,<br>et vous reprendrez des forces avant d\u2019aller plus loin,<br>puisque vous \u00eates pass\u00e9s pr\u00e8s de votre serviteur ! \u00bb<br>Ils r\u00e9pondirent :<br>\u00ab C\u2019est bien. Fais ce que tu as dit. \u00bb<br>6 Abraham se h\u00e2ta d\u2019aller trouver Sara dans sa tente,<br>et il lui dit :<br>\u00ab Prends vite trois grandes mesures de farine,<br>p\u00e9tris la p\u00e2te et fais des galettes. \u00bb<br>7 Puis Abraham courut au troupeau,<br>il prit un veau gras et tendre,<br>et le donna \u00e0 un serviteur, qui se h\u00e2ta de le pr\u00e9parer.<br>8 Il prit du fromage blanc, du lait,<br>Le veau qu\u2019on avait appr\u00eat\u00e9,<br>et les d\u00e9posa devant eux ;<br>il se tenait debout pr\u00e8s d\u2019eux, sous l\u2019arbre,<br>pendant qu\u2019ils mangeaient.<br>9 Ils lui demand\u00e8rent :<br>\u00ab O\u00f9 est Sara, ta femme ? \u00bb<br>Il r\u00e9pondit :<br>\u00ab Elle est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la tente. \u00bb<br>10 Le voyageur reprit :<br>\u00ab Je reviendrai chez toi dans un an,<br>et \u00e0 ce moment-l\u00e0, Sara, ta femme, aura un fils. \u00bb<br>Or, Sara \u00e9coutait par derri\u00e8re, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la tente.<br>11 (Abraham et Sara \u00e9tait tr\u00e8s avanc\u00e9s en \u00e2ge,<br>et Sara \u00e9tait vraiment une vieille femme.)<br>12 Elle se mit \u00e0 rire silencieusement ; elle se disait :<br>\u00ab J\u2019ai pourtant pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge de l\u2019amour,<br>et mon seigneur est un vieillard ! \u00bb<br>13 Le Seigneur Dieu dit \u00e0 Abraham :<br>\u00ab Pourquoi Sara a-t-elle ri,<br>en disant :<br>\u2018\u2018 Est-ce que vraiment j\u2019aurais un enfant,<br>vieille comme je suis ? \u2018\u2019<br>14 Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ?<br>Au moment fix\u00e9, je reviendrais chez toi,<br>Et dans un an, Sara aura un fils. \u00bb<br>15 Saisie de crainte, Sara se d\u00e9fendit en disant :<br>\u00ab Je n\u2019ai pas ri. \u00bb<br>Mais le Seigneur r\u00e9pliqua :<br>\u00ab Si, tu as ri. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>a ) Le contexte<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re mention d\u2019Abraham dans notre bible \u2013 sous le nom d\u2019Abram \u2013 appara\u00eet en Gn 11,26 \u00e0 la fin de la g\u00e9n\u00e9alogie qui va de Sem \u00e0 T\u00e9rah.<br>En Gn 11,27-32, il nous est pr\u00e9sent\u00e9 la famille d\u2019Abram dont le nom sera chang\u00e9 en Abraham en 17,5 : ses fr\u00e8res Nahor et Har\u00e2n, sa femme Sara\u00ef dont il est dit qu\u2019elle \u00e9tait st\u00e9rile et n\u2019avait pas d\u2019enfants et dont son nom sera Sara en 17,15, son neveu Loth.<br>Les chapitres 12 et 13 nous rapportent la migration d\u2019Abram et de Loth \u00e0 travers le pays que \u00ab Dieu fait voir \u00bb et qui est maintenant la terre d\u2019Isra\u00ebl. Sichem, B\u00e9thel, les grands sanctuaires du Nord sont les \u00e9tapes avant l\u2019implantation d\u00e9finitive d\u2019Abraham \u00e0 Mambr\u00e9 pr\u00e8s d\u2019H\u00e9bron, l\u00e0 o\u00f9 il sera enterr\u00e9.<br>Avant la fin du voyage, Loth s\u2019est s\u00e9par\u00e9 de son oncle pour s\u2019installer dans le district du Jourdain vers Sodome, laissant \u00e0 Abraham le haut pays. A Sichem d\u00e9j\u00e0 Abraham a re\u00e7u de Dieu la promesse que ce pays serait donn\u00e9 \u00e0 sa descendance (12,7) ; cette promesse est renouvel\u00e9e apr\u00e8s le d\u00e9part de Loth (13,14-15), mais surtout solennellement confirm\u00e9e au chapitre 15. C\u2019est tout naturellement qu\u2019au chapitre 16, la question de cette descendance est abord\u00e9e de front : Sara n\u2019a pas d\u2019enfants. Elle donne \u00e0 Abraham sa servante Hagar pour obtenir par elle une descendance ; Isma\u00ebl na\u00eet, il est le fils a\u00een\u00e9 d\u2019Abraham. Le r\u00e9cit mentionne les d\u00e9m\u00eal\u00e9s des deux femmes et Sara n\u2019y a pas le meilleur r\u00f4le.<br>Au chapitre 17 la vision et la parole de l\u2019ange du Seigneur, scelle une nouvelle alliance qui impose cette fois \u00e0 l\u2019homme des obligations de perfection morale, un lien religieux avec Dieu et une prescription positive, la circoncision.<br>Et nous voici arriv\u00e9 \u00e0 notre r\u00e9cit, la visite de trois h\u00f4tes inattendus et myst\u00e9rieux qui viennent relancer pourtant la question : Sara elle aussi va avoir un fils.<br>Apr\u00e8s bien des digressions, il faudra attendre le chapitre 21 pour retrouver le fil du d\u00e9but du chapitre 18 avec la naissance d\u2019Isaac, le fils de la promesse.<\/p>\n\n\n\n<p>b ) Etude biblique<\/p>\n\n\n\n<p>V 1 \u00ab Abraham est assis \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de sa tente. C\u2019\u00e9tait l\u2019heure la plus chaude du jour \u00bb le cadre est pos\u00e9.<br>V 2-3 \u00ab Abraham leva les yeux et vit trois hommes qui se tenaient debout pr\u00e8s de lui\u00bb. On imagine ais\u00e9ment qu\u2019Abraham soit demeur\u00e9 assis, avec son \u00e2ge avanc\u00e9, avec la chaleur, et ce sont des inconnus. Mais avec la proverbiale hospitalit\u00e9 des nomades[2] il se l\u00e8ve, et, \u00ab il court, au devant d\u2019eux \u00bb, comme \u00e9tant habit\u00e9 par un \u00e9lan int\u00e9rieur qui va aller en s\u2019accentuant.<br>L\u00e0, il les salue. Pas un bonjour lanc\u00e9 \u00e0 la cantonade, mais \u00ab il se prosterne \u00bb, non point en signe d\u2019adoration, mais en simple marque d\u2019hommage. Abraham ne reconna\u00eet d\u2019abord dans les visiteurs que des h\u00f4tes humains, et leur t\u00e9moigne une magnifique hospitalit\u00e9 et leur caract\u00e8re divin ne se manifestera que progressivement (note f, BJ sur 18,2). Il leur dit : \u00ab Seigneur, si j\u2019ai pu trouver gr\u00e2ce \u00e0 tes yeux, ne passe pas sans t\u2019arr\u00eater pr\u00e8s de ton serviteur. \u00bb<br>(Si souvent celui qui frappe \u00e0 notre porte, nous voudrions le voir passer.)<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue litt\u00e9raire et biblique, il est important de signaler ici, le changement effectu\u00e9 dans le texte par le passage du pluriel (trois personnes) au singulier (Seigneur). Une des explications est que le livre de la Gen\u00e8se, comme tout le Pentateuque, est le r\u00e9sultat d\u2019une longue histoire de tradition. Mais pour notre \u00e9tude nous ne retiendrons simplement que<br>\u00ab les r\u00e9cits d\u2019Abraham sont les \u00e9chos de la compr\u00e9hension que des g\u00e9n\u00e9rations de croyants ont eue de leur pass\u00e9, de leur h\u00e9ritage religieux et humain tout \u00e0 la fois, \u00e0 travers les traditions re\u00e7ues, \u00e0 travers l\u2019\u00e9clairage renouvel\u00e9 de leurs propres vies et des circonstances nouvelles \u00bb[3].<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une Histoire Sainte qui nous est donn\u00e9e, et nous ne nous attarderons donc pas sur les interpr\u00e9tations. Bien que des p\u00e8res de l\u2019\u00e9glise y aient vu l\u2019annonce du myst\u00e8re de la Trinit\u00e9, dont la r\u00e9v\u00e9lation est r\u00e9serv\u00e9 au Nouveau Testament, (note BJ, sur le chapitre 18) nous ne regarderons pour notre \u00e9tude que le geste d\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019Abraham qui engage toute sa personne et m\u00eame sa tribu.<\/p>\n\n\n\n<p>V 4a. \u00ab On va vous apporter un peu d\u2019eau, vous vous laverez les pieds \u00bb Il est remarquable combien Abraham a le souci du bien-\u00eatre de ses h\u00f4tes, apr\u00e8s leur longue marche sous le soleil br\u00fblant.<\/p>\n\n\n\n<p>V 4b : \u00ab Et vous vous \u00e9tendrez sous cet arbre. \u00bb autrement dit, reposez-vous ici au frais, \u00e0 l\u2019ombre.<br>Abraham ne perd pas de temps \u00e0 s\u2019excuser d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est, de n\u2019avoir pas eu le temps de pr\u00e9parer ceci ou cela, il se laisse simplement bousculer par la visite impr\u00e9vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00ab va chercher du pain \u00bb, afin que ses h\u00f4tes \u00ab reprennent des forces avant d\u2019allerplus loin. \u00bb (v5). Dans la BJ, il est joliment \u00e9crit : \u00ab vous vous r\u00e9conforterez le c\u0153ur avant d\u2019aller plus loin \u00bb Le c\u0153ur dans le langage biblique a un sens tr\u00e8s large. On peut dire qu\u2019il d\u00e9signe toute la personnalit\u00e9 consciente, intelligente et libre d\u2019un \u00eatre humain. Il d\u00e9signe aussi l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019homme, son lieu cach\u00e9, son intimit\u00e9, le lieu o\u00f9 l\u2019homme s\u2019ouvre ou se ferme \u00e0 Dieu. Mais ici, le c\u0153ur est d\u00e9sign\u00e9 comme le si\u00e8ge de la vie physique, comme le lieu des forces vitales.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Abraham fait tout cela avant de les laisser poursuivre leur route. Combien de fois, n\u2019avons nous pas l\u2019attitude inverse : celle de vouloir retenir l\u2019autre \u00e0 soi ?<\/p>\n\n\n\n<p>V 6-7 : Une fois les h\u00f4tes install\u00e9s, rafra\u00eechis on pr\u00e9pare avec ce que l\u2019on a, de quoi les restaurer. Tout est de l\u2019initiative d\u2019Abraham, il se met \u00e0 leur service, demande le concours de Sara. Pour cela elle prend sa meilleure farine la p\u00e9trit et fait des galettes. Puis il court choisir un veau bien tendre, qu\u2019il remet au serviteur, qui se h\u00e2te \u00e0 son tour de le pr\u00e9parer. Nous pouvons supposer que ces pr\u00e9paratifs ont pris un certain temps, tandis que les inconnus eux, se reposent et refont leurs forces.<\/p>\n\n\n\n<p>V 8 : Lorsque tout est pr\u00eat, Abraham dispose le veau gras, les galettes, le lait et le fromage blanc et place le tout devant eux. \u00ab Il se tient debout pr\u00e8s d\u2019eux \u00bb Au d\u00e9but Abraham \u00e9tait assis alors que les trois visiteurs \u00e9taient debout\u2026maintenant c\u2019est Abraham qui est debout et qui sert ces trois hommes qui sont assis. Les positions sont invers\u00e9es ! Abraham n\u2019est pas le convive de son h\u00f4te, il se fait son serviteur ; il oublie qu\u2019il est ma\u00eetre chez lui, il apporte lui-m\u00eame la nourriture.<\/p>\n\n\n\n<p>Abraham se tient humblement dans l\u2019attitude du serviteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de questions du style : d\u2019o\u00f9 venez-vous ? o\u00f9 allez-vous ? mais il semble qu\u2019Abraham a cette attitude d\u2019\u00e9coute int\u00e9rieure, de disponibilit\u00e9 face \u00e0 ses h\u00f4tes. Il s\u2019agit d\u2019eux, ou de lui, de son bien-\u00eatre et non pas d\u2019Abraham, de sa mise en avant\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>V 9 : Les voyageurs ont refait leurs forces, mais avant d\u2019aller plus loin, un bref dialogue s\u2019\u00e9tablit : \u00ab o\u00f9 est Sara, ta femme ? \u00bb \u2013 \u00ab elle est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la tente\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>V 10 : Alors l\u2019incroyable annonce retentit : \u00ab Je reviendrai chez toi dans un an, et \u00e0 ce moment-l\u00e0, Sara, ta femme, aura un fils \u00bb Abraham se tait, songe. Sara, elle, rit. On a beau croire au merveilleux, tout de m\u00eame ! Les messagers eux ne discutent pas, ne cherchent pas \u00e0 convaincre, ou m\u00eame \u00e0 avoir raison, non tout simplement \u00ab Pourquoi Sara a-t-elle ri ? \u00bb (v13)<\/p>\n\n\n\n<p>Abraham a compris qu\u2019ils sont des anges de Dieu (les anges sont des envoy\u00e9s, des messagers de la volont\u00e9 divine) mais Sara ne conna\u00eet pas encore l\u2019identit\u00e9 de l\u2019h\u00f4te. Elle le devinera au v.15, d\u2019o\u00f9 alors sa crainte. Le rire de Sara fait \u00e9cho au rire d\u2019Abraham qui a exprim\u00e9 son incr\u00e9dulit\u00e9 en Gn 17, 17-19 devant l\u2019\u00e9normit\u00e9 de la promesse de Dieu :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab 17Abraham tomba la face contre terre, et il se mit \u00e0 rire car il se disait en lui m\u00eame : \u2019\u2019Un fils na\u00eetra-t-il \u00e0 un homme de cent ans, et Sara, \u00e2g\u00e9e de quatre-vingt-dix ans, va-t-elle enfanter ?\u2019\u2019 18Abraham dit \u00e0 Dieu : \u2019\u2019Oh ! qu\u2019Isma\u00ebl vive devant ta face !\u2019\u2019 19Mais Dieu reprit : Non, mais ta femme Sara te donnera un fils, tu l\u2019appelleras Isaac, et j\u2019\u00e9tablirai mon alliance avec lui, comme une alliance perp\u00e9tuelle, et avec sa descendance apr\u00e8s lui \u00bb. (note b, BJ sur 17,17)<\/p>\n\n\n\n<p>V 14 : L\u2019h\u00f4tesse accueillante a attir\u00e9 sur elle la b\u00e9n\u00e9diction supr\u00eame : elle enfantera malgr\u00e9 son \u00e2ge avanc\u00e9. Sara rit en elle m\u00eame \u00e0 l\u2019annonce de sa prochaine maternit\u00e9, mais \u00ab Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? \u00bb Sara aura un fils au temps fix\u00e9 : signe visible de l\u2019accomplissement de la promesse de Dieu faite \u00e0 Abraham.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui caract\u00e9rise l\u2019hospitalit\u00e9, c\u2019est sa r\u00e9ciprocit\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9change des dons. Dieu remercie son h\u00f4te Abraham en lui promettant un fils de Sara, promesse par laquelle il se r\u00e9v\u00e8le en sa qualit\u00e9 divine. Et, \u00e0 travers Abraham, c\u2019est \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 qu\u2019il promet de donner un fils qui, comme Isaac, na\u00eetra dans des conditions exceptionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>En invitant trois passants inconnus \u00e0 entrer sous sa tente, en leur servant un repas, Abraham leur t\u00e9moigne sa charit\u00e9 et par l\u00e0 m\u00eame, il d\u00e9couvre son Dieu. Celui-ci appara\u00eet dans le visiteur le plus humble. La bont\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse d\u2019Abraham pour les trois personnes divines qui se manifestent sous forme humaine lui fait reconna\u00eetre Dieu.<br>Dans la vertu d\u2019hospitalit\u00e9, de charit\u00e9, la vie de l\u2019homme et la vie divine en viennent \u00e0 co\u00efncider, \u00e0 s\u2019identifier, comme l\u2019enseignera l\u2019Evangile. La visite est devenue source de vie et promesse d\u2019avenir, pour ceux qui ont accueilli.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hospitalit\u00e9 est sacr\u00e9e, c\u2019est la le\u00e7on de Mambr\u00e9 [4].<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u2019appuyant sur le Coran qui associe le nom d\u2019Abraham \u00e0 des visions eschatologiques, Pierre ROCALVE dira encore en parlant de ce passage biblique : \u00ab Il y a l\u00e0 une vision eschatologique du jugement dernier, annonciateur de la vie bienheureuse (cf. Mt 25,31) :<br>\u00ab venez les b\u00e9nis de mon p\u00e8re, recevez en h\u00e9ritage le royaume qui vous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 depuis la fondation du monde. Car j\u2019ai eu faim et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 manger, j\u2019ai eu soif et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 boire, j\u2019\u00e9tais un \u00e9tranger et vous m\u2019avez accueilli, nu et vous m\u2019avez v\u00eatu \u00bb.[5]<br>c) \u2013 Quelles applications pour aujourd\u2019hui ?<\/p>\n\n\n\n<p>On peut se demander qui a l\u2019initiative, qui accueille et qui est accueilli ? De quoi est-il question ? de l\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019Abraham ou de la visite de Dieu ?<br>Et qu\u2019est-ce qui est le plus important ? Qu\u2019est-ce qui retient notre regard ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois que c\u2019est la visite inattendue de Dieu. C\u2019est bien ainsi que l\u2019entendait St Ambroise quand il commentait ce r\u00e9cit : \u00ab Toi aussi qui accueilles un \u00e9tranger, c\u2019est Dieu que tu re\u00e7ois\u2026 \u00bb Il est remarquable comme Abraham semble s\u2019effacer devant les trois visiteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui nous parlons plus volontiers d\u2019accueil que d\u2019hospitalit\u00e9. Les mots paraissent quasi synonymes, et pourtant !<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accueil est actif. On parle de l\u2019accueil \u00e0 partir de celui qui re\u00e7oit. Celui qui accueille est au centre de l\u2019action. Accorder l\u2019hospitalit\u00e9 c\u2019est laisser l\u2019autre entrer chez soi, gratuitement, alors que tout est bien rang\u00e9, que ce n\u2019est plus l\u2019heure, ou que l\u2019on avait pr\u00e9vu autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019accueil, je peux le programmer, il y a m\u00eame parfois des heures pour accueillir. Quant \u00e0 l\u2019hospitalit\u00e9 elle comporte toujours une part d\u2019inattendu, d\u2019impr\u00e9vu, d\u2019inconnu et cela peut nous conduire plus loin que pr\u00e9vu. L\u2019accueil a ses horaires, l\u2019hospitalit\u00e9 n\u2019a pas d\u2019heure.<\/p>\n\n\n\n<p>La langue fran\u00e7aise, n\u2019a qu\u2019un seul mot pour d\u00e9signer celui qui re\u00e7oit l\u2019hospitalit\u00e9 et celui qui l\u2019offre : \u00ab l\u2019h\u00f4te \u00bb. Pr\u00eatant \u00e0 confusion, elle renvoie ainsi \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 premi\u00e8re : l\u2019h\u00f4te est celui qui habite quelque part, et qu\u2019il soit ma\u00eetre des lieux ou quelqu\u2019un de passage n\u2019est que secondaire. Le langage \u00e9tablit ainsi une \u00e9galit\u00e9 \u00e9tonnante entre l\u2019accueillant et l\u2019accueilli. Et l\u2019on peut dire qu\u2019offrir l\u2019hospitalit\u00e9 c\u2019est ins\u00e9parablement recevoir et donner. Cela suppose un \u00e9change qui tend \u00e0 la communion. L\u2019\u00e9tranger devient l\u2019h\u00f4te de celui qui le re\u00e7oit.<\/p>\n\n\n\n<p>A travers Abraham c\u2019est le visage de Dieu qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Il est Seigneur et agit parmi les hommes de mani\u00e8re souveraine et tr\u00e8s personnelle dans un dialogue. Il est le Dieu de la f\u00e9condit\u00e9 qui ferme et ouvre le sein de la femme et assure la descendance promise comme il l\u2019entend. Il est encore le Dieu de la promesse, celui qui conduit Abraham, et qui aime ses serviteurs. La b\u00e9n\u00e9diction re\u00e7ue est au c\u0153ur de la vocation d\u2019Abraham et de sa responsabilit\u00e9. Abraham a trouv\u00e9 gr\u00e2ce aux yeux du Seigneur (v3), par lui tout homme peut trouver b\u00e9n\u00e9diction ou mal\u00e9diction, bonheur ou malheur :<br>\u00ab Cela pour que la b\u00e9n\u00e9diction d\u2019Abraham parvienne aux nations pa\u00efennes en J\u00e9sus Christ et qu\u2019ainsi nous recevions, par la foi, l\u2019Esprit, objet de la promesse \u00bb (Ga 4,14).<br>Son hospitalit\u00e9 est anim\u00e9e par la gratuit\u00e9\u2026Gratuit\u00e9 qui est source de f\u00e9condit\u00e9(Sara, va enfanter\u2026) F\u00e9condit\u00e9 qui est don gracieux du Seigneur sur laquelle nous ne pouvons pas mettre la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Ouvrir sa maison est une \u00e9tape, mais l\u2019important est d\u2019ouvrir son c\u0153ur, de recevoir l\u2019autre, s\u2019agrandir de toute sa dimension et par l\u00e0 devenir vuln\u00e9rable. C\u2019est un esprit, une attitude int\u00e9rieure. C\u2019est prendre l\u2019autre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi, m\u00eame si c\u2019est d\u00e9rangeant et ins\u00e9curisant ; c\u2019est se soucier de lui, \u00eatre attentif \u00e0 son regard, l\u2019aider \u00e0 trouver sa place. Il faut que ceux qu\u2019on accueille sentent non pas qu\u2019ils d\u00e9rangent mais qu\u2019on est heureux de partager avec eux. Il faut accueillir chaque nouvelle personne comme un don de Dieu, comme son messager.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre soci\u00e9t\u00e9 qui s\u00e9cr\u00e8te l\u2019indiff\u00e9rence, la m\u00e9fiance, l\u2019exclusion,\u2026dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019on se prot\u00e8ge les uns les autres, l\u2019hospice se veut \u00eatre le lieu o\u00f9 l\u2019on t\u00e9moigne de ce d\u00e9sir de l\u2019autre, o\u00f9 l\u2019on manifeste que l\u2019homme est \u00ab le d\u00e9sir\u00e9 \u00bb alors qu\u2019il y a tant de gens d\u00e9sign\u00e9s comme \u00ab ind\u00e9sirables \u00bb. Car en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 notre texte, l\u2019h\u00f4te apporte toujours une nouvelle Pr\u00e9sence, \u00e0 d\u00e9crypter comme un secret d\u2019amour !<\/p>\n\n\n\n<p>Il est pourtant parfois plus facile d\u2019accueillir un visiteur que d\u2019accueillir le fr\u00e8re et la s\u0153ur avec qui l\u2019on vit tout le temps. L\u2019accueil des visiteurs est le prolongement de l\u2019accueil que les personnes vivant dans la communaut\u00e9, ont les unes pour les autres. Si on a le c\u0153ur ouvert pour tous les fr\u00e8res et s\u0153urs, on l\u2019aura aussi pour le visiteur. Cela s\u2019enracine dans la foi au Dieu P\u00e8re, Fils et Esprit pour lequel chacun d\u2019entre nous, m\u00eame le plus ab\u00eem\u00e9 \u2013 lui le premier \u2013 m\u00eame le moins aimable, est le d\u00e9sir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La longue tradition d\u2019hospitalit\u00e9 de l\u2019hospice est l\u00e0 comme un appel, un rappel :<br>\u00ab N\u2019oubliez pas l\u2019hospitalit\u00e9, car, gr\u00e2ce \u00e0 elle, certains, sans le savoir ont accueilli des anges. \u00bb (He 13,5)<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui veut dire que l\u2019on peut oublier. Cet accueil empress\u00e9 et religieux dont Abraham reste le type manifeste la charit\u00e9 fraternelle que le chr\u00e9tien doit exercer envers tous.<br>Nous assistons au m\u00eame renversement de situation avec le r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique dit du \u00ab Jugement dernier \u00bb que je nommerai pour notre \u00e9tude \u00ab l\u2019hospitalit\u00e9 du c\u0153ur \u00bb Ce texte se situe dans l\u2019\u00e9vangile de St Matthieu juste avant le r\u00e9cit de la Passion et de la mort de J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p>2 ) \u2013 L\u2019hospitalit\u00e9 du c\u0153ur \u2013 Mt 25, 31-46<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus parlait \u00e0 ses disciples de sa venue :<br>31 Quand le Fils de l\u2019homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il si\u00e9gera sur son tr\u00f4ne de gloire.<br>32Toutes les nations seront rassembl\u00e9es devant lui, il s\u00e9parera les hommes les uns des autres,<br>tout comme le berger s\u00e9pare les brebis des ch\u00e8vres :<br>33 il placera les brebis \u00e0 sa droite, et les ch\u00e8vres \u00e0 sa gauche.<br>34 Alors le Roi dira \u00e0 ceux qui seront \u00e0 sa droite :<br>\u2018Venez, les b\u00e9nis de mon P\u00e8re, recevez en h\u00e9ritage le royaume pr\u00e9par\u00e9 pour vous depuis la cr\u00e9ation du monde.<br>35Car j\u2019avais faim, et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 manger; j\u2019avais soif, et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 boire; j\u2019\u00e9tais un \u00e9tranger, et vous m\u2019avez accueilli;<br>36j\u2019\u00e9tais nu, et vous m\u2019avez habill\u00e9; j\u2019\u00e9tais malade, et vous m\u2019avez visit\u00e9;<br>j\u2019\u00e9tais en prison, et vous \u00eates venus jusqu\u2019\u00e0 moi !.<br>37 Alors les justes lui r\u00e9pondront :<br>Seigneur, quand est-ce que nous t\u2019avons vu\u2026 ?<br>Tu avais donc faim, et nous t\u2019avons nourri ?<br>Tu avais soif; et nous t\u2019avons donn\u00e9 \u00e0 boire ?<br>;38tu \u00e9tais un \u00e9tranger, et nous t\u2019avons accueilli ?<br>; tu \u00e9tais nu, et nous t\u2019avons habill\u00e9 ?<br>39 tu \u00e9tais malade, ou en prison\u2026<br>quand sommes-nous venus jusqu\u2019\u00e0 toi ?\u2019<br>40 Et le roi leur r\u00e9pondra :<br>\u2018Amen, je vous le dis :<br>chaque fois que vous l\u2019avez fait<br>\u00e0 l\u2019un de ces petits qui sont mes fr\u00e8res,<br>c\u2019est \u00e0 moi que vous l\u2019avez fait.\u2019<br>41 Alors il dira \u00e0 ceux qui seront \u00e0 sa gauche :<br>\u2018Allez-vous-en loin de moi, maudits,<br>dans le feu \u00e9ternel pr\u00e9par\u00e9 pour le d\u00e9mon et ses anges.<br>42 Car j\u2019avais faim, et vous ne m\u2019avez pas donn\u00e9 \u00e0 manger ;<br>j\u2019avais soif, et vous ne m\u2019avez pas donn\u00e9 \u00e0 boire;<br>43 j\u2019\u00e9tais un \u00e9tranger, et vous ne m\u2019avez pas accueilli ;<br>j\u2019\u00e9tais nu, et vous ne m\u2019avez pas habill\u00e9 ;<br>j\u2019\u00e9tais malade et en prison, et vous ne m\u2019avez pas visit\u00e9\u2019.<br>44 Alors ils r\u00e9pondront, eux aussi :<br>\u2018Seigneur, quand est-ce que nous t\u2019avons vu<br>avoir faim et soif, \u00eatre nu, \u00e9tranger, malade ou en prison,<br>sans nous mettre \u00e0 ton service ?<br>45 Alors il leur r\u00e9pondra :<br>\u2018Amen je vous le dis,<br>chaque fois que vous ne l\u2019avez pas fait<br>\u00e0 l\u2019un de ces petits,<br>\u00e0 moi non plus vous ne l\u2019avez pas fait.\u2019<br>; 46 Et ils s\u2019en iront, ceux-ci au ch\u00e2timent \u00e9ternel,<br>et les justes, \u00e0 la vie \u00e9ternelle. \u00bb<br>a) \u2013 Le contexte<\/p>\n\n\n\n<p>Notre texte est propre \u00e0 Matthieu et n\u2019a donc aucun parall\u00e8le dans les autres \u00e9vangiles synoptiques. Il est situ\u00e9 \u00e0 la fin du cinqui\u00e8me discours de J\u00e9sus que l\u2019on peut intituler \u00ab eschatologique \u00bb. Constitu\u00e9e des chapitres 24 et 25, le th\u00e8me principal est \u00ab comment veiller \u00bb pour cela quatre paraboles illustrent le motif de la vigilance (La parabole du d\u00e9luge, 24,37-42 ; la parabole du voleur nocturne, 24,43-44 ; la parabole du serviteur fid\u00e8le, 24,45-51 ; la parabole des dix jeunes filles, 25,1-13). Elles sont encadr\u00e9es par une m\u00eame mention : \u00ab Vous ne savez ni le jour ni l\u2019heure \u00bb (24,36 et 25,13). Une 5\u00e8me parabole, celle des \u00ab talents \u00bb (25,14-30) vient en conclusion pour souligner davantage encore la responsabilit\u00e9 des disciples.<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9cartant toute sp\u00e9culation sur la date de la fin du monde, tout en soulignant le caract\u00e8re in\u00e9luctable de la venue du Fils de l\u2019homme, l\u2019\u00e9vang\u00e9liste invite les chr\u00e9tiens \u00e0 g\u00e9rer une histoire qui dure et \u00e0 se tenir pr\u00eats. D\u2019autre part il entend stimuler une \u00e9glise qui donne des signes de lassitude et de ti\u00e9deur : la foi chr\u00e9tienne est une histoire \u00e0 construire, une route au bout de laquelle il y a un jugement.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 notre texte qui n\u2019est pas une parabole, mais une description proph\u00e9tique du \u00ab jugement dernier. \u00bb en Mt 25,31-46 : C\u2019est un jugement d\u2019alliance \u00e9clairant notre aujourd\u2019hui : le crit\u00e8re y est l\u2019amour fraternel pour notre conversion imm\u00e9diate.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important aussi de rappeler que notre texte se situe juste avant la passion de J\u00e9sus. Depuis le \u00ab Sermon de la montagne \u00bb (5,1-7,27) o\u00f9 J\u00e9sus annon\u00e7ait le jugement des disciples qui oublieraient que la foi chr\u00e9tienne est un agir se r\u00e9sumant dans l\u2019amour du prochain[6], Matthieu a repris inlassablement le motif aust\u00e8re du jugement : se mettre \u00e0 la suite du Christ, c\u2019est lui donner le droit de juger \u00e0 tout instant. Aimer quelqu\u2019un, n\u2019est-ce pas lui donner des droits sur ma personne et singuli\u00e8rement le droit de juger si je l\u2019aime bien ou mal ? Etre libre, n\u2019est-ce pas, parmi tant d\u2019influences contraires, choisir une bonne fois \u00e0 qui et \u00e0 quoi je donne le droit de juger mon comportement ? Voil\u00e0 deux questions qu\u2019il faut se poser et peut-\u00eatre y trouverons nous une r\u00e9ponse dans l\u2019analyse biblique.<\/p>\n\n\n\n<p>b) Analyse biblique<\/p>\n\n\n\n<p>Mt 25,31-33 \u2013 Une introduction qui d\u00e9crit la venue et la fonction du Fils de l\u2019homme. Matthieu transf\u00e8re au Fils de l\u2019homme des pr\u00e9rogatives judiciaires qui appartenaient \u00e0 Dieu : \u00ab il si\u00e8gera sur son tr\u00f4ne de gloire \u00bb(v 31c) comme un roi, devant toutes les nations ; il vient juger tous les peuples : pa\u00efens, juifs et chr\u00e9tiens tous sont assign\u00e9s \u00e0 ce tribunal. Contrairement \u00e0 son habitude l\u2019auteur nous pr\u00e9sente le Fils comme le juge et non Dieu le P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En Palestine, brebis et ch\u00e8vres paissaient ensemble, mais le soir le berger les s\u00e9parait pour mettre les plus fragiles en un endroit abrit\u00e9. Le jugement consiste donc dans un tri qui traverse aussi l\u2019\u00e9glise compos\u00e9e de bons et de mauvais. Le motif de s\u00e9paration du troupeau par le Messie semble s\u2019inspirer du proph\u00e8te Ez\u00e9chiel (Ez 34,17-23).<\/p>\n\n\n\n<p>Mt 25,34-40 \u2013 Un premier dialogue avec les \u00ab b\u00e9nis \u00bb. :<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9lus sont donc \u00ab les b\u00e9nis de mon P\u00e8re \u00bb J\u00e9sus s\u2019adresse \u00e0 eux en tant que serviteur du P\u00e8re. \u00ab Venez,\u2026, recevez en h\u00e9ritage le Royaume pr\u00e9par\u00e9 pour vous depuis la cr\u00e9ation du monde \u00bb (v34). Tout au long de son minist\u00e8re, J\u00e9sus s\u2019est efforc\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler non seulement le projet divin de toujours, mais la pr\u00e9sence m\u00eame du Royaume, force cach\u00e9e de croissance, tr\u00e9sor cach\u00e9 offert \u00e0 la qu\u00eate du croyant. Depuis la cr\u00e9ation, ce que le cr\u00e9ateur a pr\u00e9par\u00e9 et cach\u00e9, c\u2019est surtout son Royaume et J\u00e9sus est venu parmi les hommes comme r\u00e9v\u00e9lateur. Les hommes sont jug\u00e9s sur les \u0153uvres de mis\u00e9ricorde et non sur leurs actions exceptionnelles. Ce sont des actes de charit\u00e9s que les \u00e9lus sont cens\u00e9s avoir pratiqu\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard de leur roi.<\/p>\n\n\n\n<p>Les juifs pieux consid\u00e9raient ces actes de charit\u00e9 comme une imitation m\u00e9ritoire de la conduite de Dieu[7] : il faut nourrir l\u2019affam\u00e9 parce que Dieu s\u2019y emploie, prenant fait et cause pour le malheureux. Se d\u00e9solidariser de ce dernier c\u2019est d\u00e9savouer la cause de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>V 37\u201339 \u2013 Traduit la surprise de certains. J\u00e9sus leur r\u00e9v\u00e8le que leur gestes avaient un sens profond, ignor\u00e9s d\u2019eux. ils n\u2019ont pas saisi qu\u2019en servant le pauvre, ils servaient J\u00e9sus, leur Roi. Mais celui qui ob\u00e9it au pr\u00e9cepte de l\u2019amour du prochain n\u2019a pas \u00e0 calculer la valeur de ses actes : seul le jugement en r\u00e9v\u00e8lera la port\u00e9e en m\u00eame temps que la profondeur de la solidarit\u00e9 du Christ avec les hommes en d\u00e9tresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa r\u00e9ponse aux (v40 et 45) J\u00e9sus s\u2019identifie sans limite et sans discrimination, \u00e0 tous les humili\u00e9s, menac\u00e9s dans leur humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 \u00e0 ses disciples en 10,40-42<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Qui vous accueille m\u2019accueille moi-m\u00eame, et qui m\u2019accueille, accueille Celui qui m\u2019a envoy\u00e9. Qui accueille un proph\u00e8te en sa qualit\u00e9 de proph\u00e8te recevra une r\u00e9compense de proph\u00e8te, et celui qui accueille un juste recevra une r\u00e9compense de juste. Quiconque donnera \u00e0 boire, ne serait-ce qu\u2019un verre d\u2019eau fra\u00eeche, \u00e0 l\u2019un de ces petits en sa qualit\u00e9 de disciple, en v\u00e9rit\u00e9, je vous le d\u00e9clare, il ne perdra pas sa r\u00e9compense. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se rend solidaire des plus humbles, des plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s et peut-\u00eatre des plus d\u00e9pourvus. On sert ici le pauvre pour lui m\u00eame, dans sa dignit\u00e9 propre, dans une ob\u00e9issance sans calcul au pr\u00e9cepte de l\u2019amour du prochain (2\u00e8me commandement). Dans ce d\u00e9sint\u00e9ressement se r\u00e9v\u00e8le une convergence dans l\u2019amour que portent au pauvre et le disciple et le Christ : ce dernier s\u2019en trouve pleinement honor\u00e9, honor\u00e9 aussi (1er commandement) le Dieu qui a pris fait et cause pour les malheureux.<\/p>\n\n\n\n<p>Mt 25,41-45 \u2013 Un second dialogue avec les \u00ab maudits \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9roulement est pratiquement identique avec la m\u00eame surprise au v 44. Il y a \u00e9tonnement de certains \u2013 les chr\u00e9tiens \u2013 qui, en n\u00e9gligeant l\u2019homme en d\u00e9tresse, n\u2019ont pas servis la cause du Roi \u2013 n\u2019ont pas servi la cause du Christ. Mais il y a \u00e9tonnement de tout homme aussi qui dans l\u2019amour du prochain pr\u00f4n\u00e9 par toutes les \u00e9thiques du monde, sert le Christ.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas d\u2019h\u00e9ro\u00efsme poursuivit dans l\u2019\u00e9num\u00e9ration de ces actes de charit\u00e9. Leur liste et leurs r\u00e9p\u00e9titions rejoint le combat pour les droits de l\u2019homme en visant les d\u00e9tresses les plus \u00e9l\u00e9mentaires et les plus profondes : la famine et la privation de nourriture, les exclusions sociales, les exclusions raciales et le d\u00e9racinement des \u00e9trangers, la solitude des malades ou des personnes \u00e2g\u00e9es que l\u2019on laisse croupir, la privation de libert\u00e9 aux captifs\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Le verset 46, est l\u2019ex\u00e9cution du verdict, sobre et sans appel. Le tri est maintenant d\u00e9finitif et \u00e9ternel. \u00ab Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussi\u00e8re s\u2019\u00e9veilleront, les uns pour la vie \u00e9ternelle, les autres pour l\u2019opprobre, pour l\u2019horreur \u00e9ternelle. \u00bb Dn 13,2<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme de notre approche biblique, il est important de souligner que Celui, qui c\u2019est identifi\u00e9 \u00e0 l\u2019homme en d\u00e9tresse, \u00e0 tous les humili\u00e9s, \u00e0 ceux qui sont menac\u00e9s dans leur humanit\u00e9, est Celui-l\u00e0 m\u00eame qui va maintenant livrer sa vie, manifester sa solidarit\u00e9 jusqu\u2019au bout. En allant plus loin, Celui que notre texte d\u00e9signe comme le Juge, c\u2019est Celui qui va \u00eatre jug\u00e9, et \u00ab le tr\u00f4ne de gloire \u00bb ce sera la Croix.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jugement n\u2019est pas une condamnation mais un appel \u00e0 la vie, un appel au salut.<br>c) \u2013 Le sacrement du fr\u00e8re ou l\u2019hospitalit\u00e9, t\u00e9moignage de foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les origines, Dieu manifeste sa tendresse \u00e0 l\u2019occasion de la mis\u00e8re humaine ; \u00e0 son tour, l\u2019homme doit se montrer mis\u00e9ricordieux envers son prochain. La mis\u00e9ricorde est une r\u00e9ponse \u00e0 un devoir int\u00e9rieur, \u00e0 une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame. Si Dieu est tendresse, comment n\u2019exigerait-il pas de ses cr\u00e9atures la m\u00eame tendresse mutuelle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long des Ecritures Dieu va progressivement \u00e9duquer son peuple. Ce qu\u2019il veut, c\u2019est que l\u2019on observe le commandement de l\u2019amour fraternel, ne pas se d\u00e9rober devant celui qui est sa propre chair.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi nous serons donc jug\u00e9s d\u2019apr\u00e8s la mis\u00e9ricorde que nous aurons exerc\u00e9e, inconsciemment peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9gard de J\u00e9sus en personne. Nous serons jug\u00e9s sur l\u2019amour, selon les crit\u00e8res d\u00e9finis par St Matthieu : avoir nourri les affam\u00e9s, v\u00eatu les nus, visit\u00e9 les malades et les prisonniers, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chr\u00e9tien doit aimer, avoir une bonne compassion dans le c\u0153ur. Il ne peut se fermer devant un fr\u00e8re qui se trouve dans la n\u00e9cessit\u00e9. Il ne peut pas ne pas pardonner \u00e0 celui qui l\u2019a offens\u00e9 car Dieu a piti\u00e9 de tous et de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hospitalit\u00e9 est une forme de charit\u00e9 et J\u00e9sus, lors du jugement, en r\u00e9v\u00e9lera \u00e0 tous le myst\u00e8re. A travers l\u2019h\u00f4te et en lui, c\u2019est le Christ qui est accueilli ou repouss\u00e9, qui est reconnu ou m\u00e9connu, comme du temps de sa venue chez les siens. Ce n\u2019est pas seulement lors de sa naissance qu\u2019il n\u2019y a pas eut de place pour lui \u00e0 l\u2019h\u00f4tellerie (Lc 2,7) c\u2019est jusqu\u2019au bout de sa vie que le monde l\u2019a m\u00e9connu et que \u00ab les siens ne l\u2019ont pas re\u00e7u \u00bb (Jn 1,9ss).<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui croient en lui re\u00e7oivent \u00ab en son nom \u00bb ses envoy\u00e9s (Jn 13,20) :<br>\u00ab En v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, recevoir celui que j\u2019enverrai, c\u2019est me recevoir moi-m\u00eame, et me recevoir c\u2019est aussi recevoir Celui qui m\u2019a envoy\u00e9 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>et aussi tous les hommes m\u00eame les plus humbles (Lc 9,48) :<br>\u00ab Qui accueille en mon nom cet enfant, m\u2019accueille moi-m\u00eame ; et qui m\u2019accueille, accueille Celui qui m\u2019a envoy\u00e9 ; car celui qui est le plus petit d\u2019entre vous tous, voil\u00e0 le plus grand \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hospitalit\u00e9 signifie que nous admettons les gens dans l\u2019espace que constituent notre vie, notre esprit, notre c\u0153ur, notre travail et nos efforts. C\u2019est la voie qui nous conduit hors de nous-m\u00eames. Elle est le premier pas dans la voie qui m\u00e8ne au d\u00e9mant\u00e8lement des barri\u00e8res existant dans le monde. Mais c\u2019est aussi la mani\u00e8re dont nous convertissons le monde plein de pr\u00e9jug\u00e9s qui nous entoure, en le transformant c\u0153ur apr\u00e8s c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aura du racisme dans le monde jusqu\u2019\u00e0 ce que vous et moi nous commencions \u00e0 accueillir les autres races.<br>Il y aura des pr\u00e9jug\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 ce que vous et moi nous accueillons les autres groupes.<br>Il y aura la guerre jusqu\u2019\u00e0 ce que vous et moi nous commencions \u00e0 accueillir nos ennemis. Les employ\u00e9s qui ignorent les personnes qui attendent aux comptoirs, les professeurs qui ignorent les parents des enfants qu\u2019ils \u00e9duquent, les riches qui ne jettent pas m\u00eame un regard sur le portier ou le chauffeur de taxi ou le cuisinier, la personne assise confortablement dans le bus qui ne veut pas voir la personne \u00e2g\u00e9e qui essaie de se maintenir debout durant son trajet, les puissants qui n\u2019\u00e9coutent jamais ceux qui n\u2019ont aucun pouvoir, les ministres religieux qui sont trop occup\u00e9s pour accomplir leur minist\u00e8re, tous illustrent le manque d\u2019esprit d\u2019hospitalit\u00e9 dans notre monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dont le monde \u00e0 le plus besoin aujourd\u2019hui c\u2019est de l\u2019hospitalit\u00e9 du c\u0153ur. Cela signifie qu\u2019on accueille les autres, tous, comme ils sont, et qu\u2019on les laisse s\u2019installer comme chez eux dans notre c\u0153ur. Se trouver chez soi dans le c\u0153ur de l\u2019autre, cela signifie toucher du doigt, l\u2019amour d\u2019un fr\u00e8re ou d\u2019une s\u0153ur dans le Christ. Et toucher du doigt l\u2019amour d\u2019un autre signifie prendre conscience que Dieu nous aime. Car c\u2019est par l\u2019autre, notre prochain, notre fr\u00e8re, que nous pouvons commencer \u00e0 comprendre l\u2019amour de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fr\u00e8re, c\u2019est bien s\u00fbr le prochain, mais le prochain n\u2019est pas seulement le membre de \u00ab ma \u00bb famille et de \u00ab ma \u00bb communaut\u00e9, mon coreligionnaire ou mon compatriote. Le Christ a fait \u00e9clater les lois et les fronti\u00e8res de la tribu familiale, religieuse, sociale ou nationale. Le prochain, c\u2019est celui au devant de qui je me porte. Le prochain, c\u2019est celui en qui Dieu se r\u00e9v\u00e8le, en particulier le pauvre, l\u2019abandonn\u00e9, celui que la soci\u00e9t\u00e9 dans ses pr\u00e9jug\u00e9s exclut : les toxicomanes, les malades du SIDA, etc\u2026 Cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image de Dieu, nous sommes tous des fils du m\u00eame P\u00e8re, myst\u00e9rieusement r\u00e9concili\u00e9s en Christ. Nous sommes tous membres de la fraternit\u00e9 universelle et c\u2019est un d\u00e9fi permanent o\u00f9 l\u2019amour de Dieu est indissociable de l\u2019amour du prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>Nul ne peut pr\u00e9tendre avoir Dieu pour P\u00e8re s\u2019il n\u2019accueille pas en tout homme, m\u00eame le plus d\u00e9figur\u00e9, un fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La foi chr\u00e9tienne est un agir dans l\u2019amour du prochain, l\u2019hospitalit\u00e9 pratiqu\u00e9e au travers du geste du lavement des pieds en est sa r\u00e9alisation : par l\u2019imitation du ma\u00eetre dans son amour et son humble service des fr\u00e8res : \u00ab car c\u2019est un exemple que je vous ai donn\u00e9, pour que vous fassiez vous aussi, comme moi j\u2019ai fait pour vous \u00bb (Jn13,15).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus a abolit les r\u00e8gles sociales \u00e9tablies ; quand il s\u2019agit de rendre service aux autres, tous doivent se rendre les services les plus humbles, m\u00eame s\u2019ils se trouvent au sommet de la hi\u00e9rarchie sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>En Jn 13,1-20, J\u00e9sus a montr\u00e9 l\u2019exemple en lavant les pieds de ceux qui partagent le m\u00eame repas que lui. Ces derniers seront \u00ab heureux \u00bb s\u2019ils agissent de m\u00eame. J\u00e9sus sait que c\u2019est un repas d\u2019adieux, s\u2019il s\u2019humilie jusqu\u2019\u00e0 laver les pieds de ses intimes, c\u2019est comme un dernier message, le testament qu\u2019il leur laisse. Mais c\u2019est ce m\u00eame J\u00e9sus qui nous a laiss\u00e9 un autre m\u00e9morial en disant : \u00ab Ceci est mon corps, donn\u00e9 pour vous. Faites cela en m\u00e9moire de moi \u00bb (Lc 22,19). Eucharistie et mission sont et demeurent aussi ins\u00e9parables que les deux commandements du Christ : l\u2019amour de Dieu et l\u2019amour du prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour du prochain est le sceau qui authentifie l\u2019amour de Dieu. Le service du fr\u00e8re est le service de Dieu. Chaque \u00eatre humain est le lieu de la pr\u00e9sence du Christ, lieu essentiel d\u2019union au Christ serviteur et de participation \u00e0 sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a pr\u00e9sence du Christ en l\u2019autre, il y a sacrement. L\u2019Eucharistie ne prend son sens que s\u2019il s\u2019accompagne du sacrement du fr\u00e8re :<br>\u00ab Tu veux honorer le Corps du Christ ? Ne le m\u00e9prise pas lorsqu\u2019il est nu. Ne l\u2019honore pas ici, dans l\u2019\u00e9glise, par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et du manque de v\u00eatements. Car celui qui a dit : Ceci est mon corps, et qui l\u2019a r\u00e9alis\u00e9 en le disant, c\u2019est lui qui a dit : Vous m\u2019avez vu avoir faim, et vous ne m\u2019avez pas donn\u00e9 \u00e0 manger, et aussi : chaque fois que vous ne l\u2019avez pas fait \u00e0 l\u2019un de ces petits, c\u2019est \u00e0 moi que vous ne l\u2019avez pas fait. Ici le corps du Christ n\u2019a pas besoin de v\u00eatements, mais d\u2019\u00e2mes pures ; l\u00e0-bas il a besoin de beaucoup de sollicitude. (\u2026) Quel avantage y a-t-il \u00e0 ce que la table du Christ soit charg\u00e9e de vases d\u2019or, tandis que lui-m\u00eame meurt de faim ? commence par rassasier l\u2019affam\u00e9 et, avec ce qui te restera, tu orneras son autel. Tu fais une coupe en or, et tu ne donnes pas un verre d\u2019eau fra\u00eeche ? \u2026 \u00bb[8]<\/p>\n\n\n\n<p>Toute histoire humaine est une histoire sacr\u00e9e. Nous sommes toujours renvoy\u00e9s au Myst\u00e8re du Christ, au Myst\u00e8re de la Croix\u2026qui casse tous nos r\u00eaves de puissance, qui brise toutes les idoles et d\u00e9chire toutes les fausses images que nous nous faisons de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>3 ) \u2013 L\u2019HOSPITALIT\u00c9 : LIEU D\u2019UNE RENCONTRE.<\/p>\n\n\n\n<p>Accueillir l\u2019h\u00f4te, c\u2019est s\u2019entra\u00eener \u00e0 s\u2019accueillir les uns les autres, avec le sentiment profond du caract\u00e8re unique de chacun, des diff\u00e9rences in\u00e9vitables ; avec la certitude d\u2019une d\u00e9couverte \u00e0 approfondir sans cesse dans la conscience d\u2019une humble ignorance, dans une attitude de curiosit\u00e9 bienveillante, de contemplation.<br>Consid\u00e9rer l\u2019autre comme un myst\u00e8re !<br>C\u2019est le myst\u00e8re des \u00eatres qui initie lentement au Myst\u00e8re de l\u2019Etre, et les rencontres en v\u00e9rit\u00e9 et humilit\u00e9 de l\u2019ici-bas pr\u00e9parent \u00e0 la Rencontre de l\u2019Au-del\u00e0. Il faut poser un regard de foi. C\u2019est Dieu qui va se r\u00e9v\u00e9ler, c\u2019est Dieu qui est l\u00e0. Dieu se fait proche dans la rencontre de l\u2019autre, une rencontre dans laquelle Dieu agit.<br>Cela doit \u00eatre une conviction profonde. Mais il ne faut pas se tromper dans cette relation entre deux personnes. Si Dieu est au c\u0153ur de cette rencontre, il ne faut pas trop vite diviniser le regard. C\u2019est le risque d\u2019une interpr\u00e9tation h\u00e2tive de l\u2019\u00e9vangile en Mt 25, 35-36 quand J\u00e9sus dit : \u00ab J\u2019ai eu faim et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 manger, j\u2019ai eu soif et vous m\u2019avez donn\u00e9 \u00e0 boire, j\u2019\u00e9tais un \u00e9tranger et vous m\u2019avez accueilli, nu et vous m\u2019avez v\u00eatu, malade et vous m\u2019avez visit\u00e9, prisonnier et vous \u00eates venu me voir\u2026 \u00bb Il me semble qu\u2019il y a un danger : il ne faudrait pas en d\u00e9duire que, quand on rencontre l\u2019autre, quand on l\u2019embrasse, on embrasse Dieu !<\/p>\n\n\n\n<p>La rencontre nous dit quelque chose de la rencontre de Dieu. Mais quand je suis avec la personne, je la rencontre d\u2019abord pour ce qu\u2019elle est. L\u2019autre sur ma route, je suis invit\u00e9e \u00e0 la rencontrer en tant que personne, qui existe pour elle-m\u00eame, par elle-m\u00eame. Ce doit \u00eatre une relation entre nous, entre deux \u00eatres, de personne \u00e0 personne. Et c\u2019est au c\u0153ur de la rencontre, dans l\u2019entre-deux de la relation que la joie, le bien-\u00eatre, le bonheur d\u2019\u00eatre l\u00e0 ensemble peuvent \u00e9clairer notre pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la rencontre de Dieu passe par cette rencontre de l\u2019autre, surtout s\u2019il est diff\u00e9rent de moi, s\u2019il est en difficult\u00e9. Dieu peut se faire pr\u00e9sent si nous y pr\u00eatons attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je rencontre l\u2019autre, qu\u2019est-ce que j\u2019ai dans le c\u0153ur ?<br>Dans mon regard, dans ma disponibilit\u00e9, dans ma pri\u00e8re, Dieu est avec moi. Dieu s\u2019est confi\u00e9 \u00e0 l\u2019homme\u2026. A moi de l\u2019accueillir et de le tenir vivant dans l\u2019accueil du fr\u00e8re, par une pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019autre qui laisse transpara\u00eetre \u2018\u2019Celui qui nous habite\u2019\u2019. Dieu nous est confi\u00e9, nous avons \u00e0 devenir un \u00e9vangile vivant en donnant \u00e0 notre vie toute sa grandeur, toute sa noblesse, toute sa beaut\u00e9, toute sa puissance de rayonnement, toute sa f\u00e9condit\u00e9 en libert\u00e9 et en joie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, t\u00e9moigner du Christ, c\u2019est devenir un espace d\u2019accueil aussi universel que possible. Nous avons \u00e0 vivre Quelqu\u2019un. Il s\u2019agit de communiquer une Pr\u00e9sence qui ne fait pas de bruit, une pr\u00e9sence qui est au c\u0153ur du silence et que seul le silence peut transmettre. Si ma mani\u00e8re de vivre la rencontre peut dire quelque chose de cet infini respect de l\u2019amour de Dieu, alors la Pr\u00e9sence du Christ peut, \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au c\u0153ur de la rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche comment rejoindre l\u2019autre dans sa mis\u00e8re, dans sa souffrance, dans sa d\u00e9ch\u00e9ance, ou sa violence m\u00eame ? Comment l\u2019aimer jusque l\u00e0 ? Ce n\u2019est pas \u00e9vident. Il nous faut nous laisser remplir de Dieu pour d\u00e9couvrir la beaut\u00e9 de l\u2019autre m\u00eame quand il n\u2019a plus visage humain, pour l\u2019aimer, m\u00eame quand il n\u2019est plus aimable ! et cela n\u00e9cessite une longue asc\u00e8se pour se d\u00e9sapproprier de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le regard de Dieu nous sommes tous de toute beaut\u00e9. Son regard nous envisage, nous recr\u00e9e dans toute notre dignit\u00e9, il est regard de l\u2019Amour cr\u00e9ateur. Nous avons \u00e0 \u00eatre t\u00e9moin de ce regard sur nous-m\u00eame et surtout, sur tous ceux que nous rencontrons. L\u2019autre donne sens et valeur \u00e0 notre vie. Il l\u2019oriente et nous lib\u00e8re de nous-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>SUR LES TRACES DE SAINT BERNARD<\/p>\n\n\n\n<p>1 \u2013 L\u2019activit\u00e9 hospitali\u00e8re : son \u00e9volution \u00e0 travers l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la domination romaine, une route fut construite qui reliait Aoste \u00e0 Martigny et, par l\u00e0, le midi au nord de l\u2019Europe occidentale. Sur le col, au lieu dit le Plan de Jupiter, se trouvait un temple d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ce dieu et deux constructions importantes servant de relais le long de cette route. Mais il n\u2019y a pas lieu de s\u2019y arr\u00eater davantage, pour comprendre l\u2019\u0153uvre de Saint Bernard, il suffira de mentionner les faits les plus caract\u00e9ristiques qui se sont pass\u00e9s dans la r\u00e9gion du Grand Saint Bernard au cours du Moyen Age.<\/p>\n\n\n\n<p>a ) \u2013 Le monast\u00e8re de Saint Pierre du Montjou.<\/p>\n\n\n\n<p>En 574 ; les Lombards qui, quelques ann\u00e9es auparavant, avaient envahi le nord de l\u2019Italie par la V\u00e9n\u00e9tie, franchissent les travaux de fortification \u00e9lev\u00e9s sur le col, p\u00e9n\u00e8trent dans le Valais et saccagent le monast\u00e8re de Saint Maurice. Ils sont battus \u00e0 Bex et les restes de leurs bandes se replient sur l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>Environ deux si\u00e8cles plus tard, en 753, le Pape Etienne II, inqui\u00e9t\u00e9 par les Lombards, franchissait le Montjou en grand apparat et arrivait \u00e0 l\u2019abbaye de Saint Maurice. Le but de ce voyage \u00e9tait de donner \u00e0 P\u00e9pin l\u2019onction royale et d\u2019en obtenir du secours contre les Lombards.<\/p>\n\n\n\n<p>La menace lombarde planait toujours sur Rome. En l\u2019ann\u00e9e 773, Charlemagne organise une exp\u00e9dition pour l\u2019\u00e9carter. Il r\u00e9unit une arm\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve et la divise en deux corps : un, command\u00e9 par lui-m\u00eame, franchit le Mont \u2013 Cenis ; l\u2019autre, aux ordres de Bernard, son oncle, passe le Montjou. Les deux arm\u00e9es font leur jonction aux pieds des Alpes, les Lombards sont vaincus et Charlemagne devient ma\u00eetre du nord et du centre de l\u2019Italie.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers 784, le Pape Adrien I \u00e9crivait \u00e0 Charlemagne, le priant, pour l\u2019amour de saint Pierre et de son successeur, d\u2019employer sa puissance royale \u00e0 la restauration des hospices situ\u00e9s sur les passages des Alpes pour h\u00e9berger les p\u00e8lerins et les sauvegarder contre toute mainmise et toute injustice. Il est \u00e0 remarquer que ces hospices, parmi lesquels on peut compter le monast\u00e8re de Saint Pierre de Montjou (actuellement Bourg St Pierre, au pied du col), existaient d\u00e9j\u00e0, mais qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 ruin\u00e9s par les incursions des Lombards. Depuis quand y \u00e9tait-il ? Etant donn\u00e9 le mouvement des p\u00e8lerins et des marchands, ce n\u2019est pas trop os\u00e9 de dire qu\u2019il n\u2019y a pas eu un tr\u00e8s long intervalle entre les relais romains et les hospices chr\u00e9tiens et que le christianisme n\u2019a pas d\u00e9truit, mais conserv\u00e9, transform\u00e9 et aur\u00e9ol\u00e9 de sa charit\u00e9 des abris que la Rome pa\u00efenne avait \u00e9tablis pour faciliter les voyages.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monast\u00e8re de Saint Pierre de Montjou comptait parmi ses membres un aum\u00f4nier, religieux pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la distribution des aum\u00f4nes aux pauvres et aux passants. Cette abbaye poss\u00e9dait un grand nombre de b\u00e9n\u00e9fices. Plac\u00e9e sur une route tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e, elle eut l\u2019occasion de donner l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e0 des papes, des empereurs, des rois et d\u2019innombrables p\u00e8lerins de toutes conditions. Cette hospitalit\u00e9 \u00e9tait d\u2019autant plus appr\u00e9ci\u00e9e que le passage du Montjou \u00e9tait rude. En outre, \u00e0 cette \u00e9poque, rois et seigneurs rivalisaient de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 envers les monast\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Les habitants de Bourg Saint Pierre ont conserv\u00e9 par tradition le souvenir de l\u2019emplacement de l\u2019ancienne abbaye. Il a fallu que cette abbaye ait \u00e9t\u00e9 bien malmen\u00e9e par les Sarrasins pour qu\u2019elle dispar\u00fbt sans presque laisser de traces d\u2019un pass\u00e9 de plusieurs si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Sarrasins en effet, pendant un demi-si\u00e8cle, terroris\u00e8rent la r\u00e9gion. En 921 et 923, ils massacr\u00e8rent des anglais allant en p\u00e8lerinage \u00e0 Rome. Les Sarrasins provenaient du midi de la France. En 942, Hugues, roi d\u2019Italie, aid\u00e9 des Grecs, leur faisait la guerre avec succ\u00e8s. Mais apprenant que son comp\u00e9titeur au royaume d\u2019Italie, B\u00e9renger marquis d\u2019Ivr\u00e9e, mena\u00e7ait d\u2019envahir ses \u00e9tats avec une arm\u00e9e allemande, au lieu d\u2019exterminer les Sarrasins, il leur accorda la paix \u00e0 la condition qu\u2019ils occupassent les passages des Alpes pour emp\u00eacher B\u00e9renger de p\u00e9n\u00e9trer en Italie. Une fois \u00e9tablis sur ces passages, ils massacr\u00e8rent un grand nombre de chr\u00e9tiens qui se rendaient en p\u00e8lerinage \u00e0 Rome. Mais un attentat contre saint Ma\u00efeul, abb\u00e9 de Cluny, met le comble aux m\u00e9faits des Sarrasins. Il excita une telle indignation dans le peuple chr\u00e9tien qu\u2019il se souleva contre eux et leur infligea une sanglante d\u00e9faite. Les Sarrasins durent s\u2019enfuir ou mourir. Ceux qui \u00e9chapp\u00e8rent avou\u00e8rent qu\u2019ils \u00e9taient justement ch\u00e2ti\u00e9s par Dieu et demand\u00e8rent \u00e0 se faire chr\u00e9tiens. D\u00e8s lors, le passage du Montjou fut \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>b ) \u2013 Les origines de l\u2019hospice du Grand Saint Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant de ruines \u00e9taient \u00e0 relever qu\u2019il y fall\u00fbt du temps, en 999, l\u2019imp\u00e9ratrice Ad\u00e9la\u00efde fit de grandes lib\u00e9ralit\u00e9s en faveur des \u00e9glises, avec entre autres, celle de Bourg Saint Pierre et le monast\u00e8re attenant. Le mouvement des p\u00e8lerins reprenait peu \u00e0 peu. Au brigandage des Sarrasins a succ\u00e9d\u00e9 la rapacit\u00e9 des p\u00e9agers. Canut, roi d\u2019Angleterre et de Danemark, se trouvant \u00e0 Rome en mars 1027, pour le sacre de l\u2019empereur Conrad, se plaignit au pape et aux souverains r\u00e9unis de ce que ses sujets \u00e9taient importun\u00e9s de tant de barri\u00e8res et de tant de p\u00e9ages excessifs le long du chemin de Rome. Il demanda que ce chemin f\u00fbt rendu plus s\u00fbr et que l\u2019on us\u00e2t de plus d\u2019\u00e9quit\u00e9. L\u2019Empereur approuva, le roi Rodolphe III aussi et tous les princes pr\u00e9sents sanctionn\u00e8rent que les sujets du roi Canut, tant marchand que p\u00e8lerins, pourraient voyager en paix sur la route de Rome, sans \u00eatre arr\u00eat\u00e9s aux barri\u00e8res ni astreints \u00e0 des droits exorbitants. Il y eut encore quelques troubles en 1034, \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de Rodolphe III qui a c\u00e9d\u00e9 son royaume \u00e0 l\u2019empereur Conrad. Son neveu, comte de Champagne pr\u00e9tendait \u00e0 sa succession. Il envahit la Bourgogne et occupa cit\u00e9s et ch\u00e2teaux jusqu\u2019au Jura et au Montjou. L\u2019empereur recourut \u00e0 la force : deux arm\u00e9es, l\u2019une arrivant du nord, l\u2019autre compos\u00e9e de Lombards arrivant du sud par le difficile passage du Montjou p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en Bourgogne, et chass\u00e8rent Eudes de Champagne. En 1045, la Bourgogne \u00e9tait d\u00e9finitivement pacifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus rien ne pouvait s\u2019opposer \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019\u0153uvre de saint Bernard. Pour secourir efficacement les voyageurs fatigu\u00e9s par une longue et rude mont\u00e9e, il \u00e9tablit un hospice au sommet du col et lui affecta, semble-t-il, les revenus de l\u2019abbaye de Saint Pierre. Pour \u00e9difier l\u2019hospice, saint Bernard utilisa naturellement les mat\u00e9riaux existants : ce qui restait du temple et des maisons romaines au Plan de Jupiter. Une \u00e9glise adjacente \u00e0 l\u2019hospice est achev\u00e9e et d\u00e9di\u00e9e \u00e0 saint Nicolas. Rien de plus naturel pour saint Bernard que de d\u00e9tacher du monast\u00e8re du Bourg un groupe de religieux qui desserve le col. Entre les ann\u00e9es 1145 et 1159, les religieux de l\u2019hospice sont appel\u00e9s clercs et fr\u00e8res. On constate que d\u00e8s 1191, l\u2019appellation de chanoines est en usage. Ils avaient d\u00e9j\u00e0 leur r\u00e8gle mais quelques prescriptions sp\u00e9cifiques s\u2019imposaient du fait de la situation et du but particulier de l\u2019hospice. On en trouve certainement des vestiges dans les constitutions de 1438, qui sont en partie la codification d\u2019anciennes coutumes. La rencontre des voyageurs, l\u2019hospitalit\u00e9 gratuite qui doit se prolonger en cas de mauvais temps ou de maladie, les consid\u00e9rations et les dispositions assurant le respect, la pi\u00e9t\u00e9 et l\u2019aide effective aux pauvres et aux passants pourraient \u00eatre sign\u00e9es du nom de saint Bernard. L\u2019hospice a sans doute \u00e9t\u00e9 achev\u00e9 vers le milieu du XI i\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>1-1) \u2013 DES ORIGINES \u00c0 1302 : L\u2019EXPANSION DE L\u2019HOSPICE.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019en 1302, l\u2019institution du saint Bernard prend un d\u00e9veloppement surprenant par sa rapidit\u00e9 et son ampleur. En effet, cet hospice utile \u00e0 toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9 suscite un mouvement g\u00e9n\u00e9ral de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui lui constitue une dotation importante n\u00e9cessitant alors le d\u00e9veloppement de l\u2019administration.<\/p>\n\n\n\n<p>a) \u2013 Le passage du Montjou au temps de saint Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant le haut moyen age, le passage du Montjou, malgr\u00e9 ses difficult\u00e9s demeure la principale route des Alpes, mettant en relation l\u2019Italie avec la France, les pays Rh\u00e9nans et l\u2019Angleterre. Le passage est tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9 par les empereurs carolingiens, moins par les empereurs d\u2019Allemagne qui trouvaient une voie plus courte vers le sud par les Alpes orientales. Cependant, ils l\u2019utilisent parfois.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019hospice depuis l\u2019Italie, surtout depuis le plateau de Fontintes est particuli\u00e8rement dangereux en hiver. Le chemin passe par des pentes fort expos\u00e9es aux avalanches. Le service de la route est garanti par des \u00ab marroniers \u00bb : des montagnards qui faisaient le service de guide contre r\u00e9mun\u00e9ration. Parfois ils exploitaient l\u2019inexp\u00e9rience de leurs clients en exigeant de gros prix. L\u2019hospice avait aussi ses marroniers qu\u2019il r\u00e9tribuait et mettait gratuitement au service des voyageurs.<\/p>\n\n\n\n<p>b) \u2013 Dotation et donations.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de remarquer que, si tout monast\u00e8re a besoin de dotation, celui du Grand saint Bernard en a doublement besoin en raison des charges de l\u2019hospitalit\u00e9 et de sa situation aride. Cela va d\u00e9clencher un mouvement de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 pour l\u2019\u0153uvre de saint Bernard. Des revenus seront trouv\u00e9s dans les biens de l\u2019ancienne abbaye de Saint Pierre, dans les qu\u00eates et dans les dons de pieux seigneurs eccl\u00e9siastiques ou la\u00efcs.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses donations vont \u00eatre faites et il est significatif en effet que les b\u00e9n\u00e9fices qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s pour aider l\u2019\u0153uvre de l\u2019hospitalit\u00e9 et \u00e9taient grev\u00e9s de redevances en nature ou argent envers l\u2019hospice, se situent tous sur un territoire formant un rectangle long de 2000 kilom\u00e8tres, orient\u00e9 du sud-est au nord-ouest, de la Pouille \u00e0 l\u2019Angleterre. Le fait que ces b\u00e9n\u00e9fices gravitent tous autour d\u2019une ligne droite tir\u00e9e de l\u2019extr\u00eame sud de l\u2019Italie \u00e0 Londres et qui coupe la diagonale des Alpes au col du Grand saint Bernard impose \u00e0 l\u2019\u00e9vidence cette conclusion : les bienfaiteurs de l\u2019hospice sont les clients, les voyageurs, les p\u00e8lerins qui de l\u2019Angleterre, du bassin de la Seine, ou de la Bourgogne se dirigent vers Rome ou qui de Terre Sainte, du sud de l\u2019Italie, de Rome, de la Lombardie et du Pi\u00e9mont, gagnent le nord en utilisant le col du Montjou.<\/p>\n\n\n\n<p>Les papes Eug\u00e8ne III, Alexandre III, et Honorius IV prennent l\u2019hospice sous leur protection. L\u2019Empereur Fr\u00e9d\u00e9ric en fait autant en 1176 et Henri IV lui constitue une rente en 1180. Les comtes de Savoie figurent aussi sur la liste des donateurs et leur exemple est largement suivi par des personnes de conditions modestes. Il serait trop long d\u2019en esquisser une \u00e9num\u00e9ration. Tant de donations sont pourtant loin de suffire \u00e0 toutes les d\u00e9penses n\u00e9cessit\u00e9es par l\u2019hospitalit\u00e9. Pour y faire face la maison du Montjou recourt aux qu\u00eates. Le pape innocent III recommande en 1201 les qu\u00eateurs de l\u2019hospice et leur notifie qu\u2019il accorde une indulgence aux fid\u00e8les qui viendront en aide \u00e0 cette \u0153uvre en y faisant l\u2019\u00e9loge des personnes charitables<br>\u00ab qui sont dans l\u2019abondance pour les pauvres et l\u2019indigence pour elles-m\u00eames. Comme nos chers fils, le pr\u00e9v\u00f4t et le chapitre de l\u2019hospice du Saint-Bernard du Mont Joux, du dioc\u00e8se de Sion, travaillent de toutes les forces pour satisfaire aux n\u00e9cessit\u00e9s des pauvres et des malades qui s\u2019y rendent de partout\u2026nous vous (les fid\u00e8les) exhortons dans le Seigneur d\u2019accueillir avec bont\u00e9 les messagers qui coop\u00e8rent \u00e0 leurs \u0153uvres de pi\u00e9t\u00e9 en leur procurant des secours gratuits et de pieuses aum\u00f4nes, afin que ce que vous avez donn\u00e9 aux pauvres en ce monde par leurs mains, vous le th\u00e9saurisez dans le ciel par les mains des pauvres.\u00bb[9]<\/p>\n\n\n\n<p>sera accord\u00e9 en 1276,<br>\u00ab \u00e0 tous ceux qui visiteront l\u2019hospice \u00e0 certaines f\u00eates, une indulgence de trois ans et de trois quarantaines, la remise du tiers des p\u00e9nitences impos\u00e9es, le pardon des p\u00e9ch\u00e9s oubli\u00e9s ou v\u00e9niels et des serments qui n\u2019ont pas port\u00e9 pr\u00e9judice \u00e0 une tierce personne, la lev\u00e9e de l\u2019excommunication encourue par ignorance, la condonation des v\u0153ux non accomplis et des menus vols, que les bienfaiteurs b\u00e9n\u00e9ficient des m\u00eames faveurs que les p\u00e8lerins en Terre Sainte et que ceux qui travaillent pour le m\u00eame hospice aient part aux pri\u00e8res et aux bonnes \u0153uvres qui s\u2019y font[10]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les fid\u00e8les qui voulaient collaborer d\u2019une mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 la grande \u0153uvre d\u2019hospitalit\u00e9 entraient dans la fraternit\u00e9 du Saint-Bernard, devenaient pour les chanoines des confr\u00e8res tout en restant la\u00efcs et participaient \u00e0 leurs m\u00e9rites et \u00e0 certains privil\u00e8ges eccl\u00e9siastiques, entre autres au droit \u00e0 la s\u00e9pulture religieuse m\u00eame en temps d\u2019interdit.<\/p>\n\n\n\n<p>1-2 ) \u2013 DE 1302 \u00c0 1438 : L\u2019APOG\u00c9E.<\/p>\n\n\n\n<p>a) \u2013 D\u2019un point de vue religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9riode dans laquelle nous entrons est une p\u00e9riode tourment\u00e9e au point de vue religieux. Le XIV\u00e8me si\u00e8cle s\u2019ouvre avec l\u2019exil d\u2019Avignon qui dure jusqu\u2019en 1378. En cette ann\u00e9e le pape Gr\u00e9goire XI rentre \u00e0 Rome et y meurt en fin d\u2019ann\u00e9e. Les cardinaux lui donnent un successeur dans la personne d\u2019Urbain VI. Peu apr\u00e8s, en raison de circonstances qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019exposer ici, ils proc\u00e8dent \u00e0 une seconde \u00e9lection qui vaut le souverain pontificat \u00e0 Robert de Gen\u00e8ve, sous le nom de Cl\u00e9ment VII. Celui-ci \u00e9tablit son si\u00e8ge \u00e0 Avignon. Urbain VI \u00e0 Rome. C\u2019est le d\u00e9but du grand schisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dioc\u00e8se de Sion ne se rallie pas tout entier au pape de Rome, le Bas- Valais \u00e9tant de l\u2019ob\u00e9dience du pape d\u2019Avignon et le Haut- Valais, du pape de Rome. La Savoie, avec le Duc Am\u00e9d\u00e9e VIII se range sous l\u2019ob\u00e9dience du pape Cl\u00e9ment VII et la maison du Montjou adopta naturellement la m\u00eame ob\u00e9dience que la Savoie. Le concile de Constance mit fin au schisme en 1417 par l\u2019\u00e9lection de Martin V.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une p\u00e9riode de rel\u00e2chement dans l\u2019Eglise, et l\u2019ordre s\u2019en ressent. Ce rel\u00e2chement et la mis\u00e8re mat\u00e9rielle o\u00f9 il conduit am\u00e8nent une r\u00e9action de la part de certains religieux et l\u2019\u00e9tablissement de nouvelles constitutions. Nombre de clercs commendataires convoitaient les b\u00e9n\u00e9fices et la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 du Montjou et les sollicitaient assid\u00fbment du pape, camouflant leurs sinistres intentions sous le pr\u00e9texte de rem\u00e9dier \u00e0 une administration d\u00e9plorable. Les chanoines du Montjou n\u2019ignoraient pas ces men\u00e9es et suppliaient le pape de les garantir de la commende en leur confirmant la libert\u00e9 d\u2019\u00e9lection du pr\u00e9v\u00f4t (les pr\u00e9v\u00f4ts jusqu\u2019alors n\u2019\u00e9taient pas forc\u00e9ment religieux ou issus de l\u2019ordre.). Eug\u00e8ne IV, en 1436, ne s\u2019estimant pas suffisamment renseign\u00e9, \u00e9crit au cardinal Jean Cervantes de prendre de plus amples informations sur les b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9duits en commende et d\u2019en casser les actes. Il l\u2019autorise \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer quelqu\u2019un pour visiter l\u2019hospice et ses membres au spirituel et au temporel et \u00e0 faire toutes r\u00e9formes opportunes.<\/p>\n\n\n\n<p>De la relation de son d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, le cardinal retient que l\u2019hospice de Montjou est situ\u00e9 au sommet des monts dans un lieu fort expos\u00e9 aux temp\u00eates et qu\u2019il est d\u2019une tr\u00e8s grande utilit\u00e9 pour les passants. Il y exige une communaut\u00e9 de religieux vivant au service de Dieu selon la r\u00e8gle de saint Augustin. Le pr\u00e9v\u00f4t est leur sup\u00e9rieur. Sans le secours de l\u2019hospice et des religieux, de nombreux passants p\u00e9riraient. C\u2019est pourquoi les papes ont pourvus \u00e0 sa dotation tant par l\u2019union de quelques b\u00e9n\u00e9fices que par des indulgences que les messagers de l\u2019hospice publient dans leur diff\u00e9rentes parties de la chr\u00e9tient\u00e9. De nouvelles constitutions seront donc remises au prieur du Montjou, le 15 mai 1438, rem\u00e9diant au rel\u00e2chement de la pauvret\u00e9 religieuse et \u00e0 l\u2019effacement de l\u2019hospice. A l\u2019\u00e9vidence, le cardinal a voulu rendre \u00e0 l\u2019hospice son r\u00f4le de premier plan.<\/p>\n\n\n\n<p>b) \u2013 D\u2019un point de vue politique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est encore une p\u00e9riode tr\u00e8s mouvement\u00e9e tant au point de vue politique que religieux et le passage du Montjou en subit le contrecoup des \u00e9v\u00e9nements. Durant les interminables luttes o\u00f9 s\u2019affrontent l\u2019\u00e9v\u00eaque de Sion et le noblesse turbulente du Valais, le comte de Savoie intervient \u00e0 plusieurs reprises pour soutenir les \u00e9v\u00eaques qui lui sont d\u00e9vou\u00e9s. Ainsi des valdotains en armes se rendent \u00e0 Saint \u2013 Maurice par le Montjou. Puis la guerre \u00e9clate entre le duc de Savoie et le marquis de Montferrat. Le duc fait passer par le col une bombarde et plusieurs grosses pi\u00e8ces d\u2019artillerie. Une audacieuse entreprise que renouvellera Napol\u00e9on en grand, quatre cents ans plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le comte de Savoie et ses officiers franchissent le col souvent aussi en pacifique. L\u2019empereur lui-m\u00eame emprunte parfois le passage. Le jubil\u00e9 publi\u00e9 en 1343 par le pape Cl\u00e9ment VI attire \u00e0 Rome plus de cent mille p\u00e8lerins et produit une affluence extraordinaire \u00e0 l\u2019hospice.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces passages de troupes, de personnages la\u00efcs et eccl\u00e9siastiques, de p\u00e8lerins, de caravanes de marchands devaient rendre fort anim\u00e9e la longue route du Montjou.<\/p>\n\n\n\n<p>1-3) \u2013 DE 1438 \u00c0 1586 : P\u00c9RIODE DE D\u00c9CLIN.<\/p>\n\n\n\n<p>Des \u00e9v\u00e9nements de port\u00e9e europ\u00e9enne, vont influencer profond\u00e9ment sur la vie de la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 du Mont- Joux. Le concile de B\u00e2le r\u00e9uni en 1431 montra, d\u00e8s le d\u00e9but, de l\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du pape. Il devint si entreprenant qu\u2019Eug\u00e8ne IV en pronon\u00e7a la dissolution en 1437. Ce concile, d\u00e8s lors schismatique, destitua Eug\u00e8ne IV en 1439, et la m\u00eame ann\u00e9e, \u00e9lut un antipape en la personne d\u2019Am\u00e9d\u00e9e VIII de Savoie qui prit le nom de F\u00e9lix V. La pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 du Montjou fut entra\u00een\u00e9e dans ce schisme qui prit fin par le d\u00e9sistement de F\u00e9lix V et son ralliement, en 1439, au pape l\u00e9gitime, Nicolas V.<\/p>\n\n\n\n<p>Un quart de si\u00e8cle plus tard \u00e9clatent les guerres de Bourgogne. Charles le T\u00e9m\u00e9raire, duc de Bourgogne, avait con\u00e7u le dessein de reconstituer l\u2019ancienne Lotharingie. Il avait r\u00e9ussi \u00e0 gagner \u00e0 sa cause la duchesse de Savoie. Ces vis\u00e9es provoqu\u00e8rent la coalition des Etats qui se sentaient menac\u00e9s : l\u2019Autriche, la France et les cantons suisses auxquels le Valais \u00e9tait alli\u00e9. Durant les hostilit\u00e9s, en 1475, la Savoie entreprit une campagne contre le Valais. Un contingent de Valdotains et de Savoisiens franchit le Saint- Bernard et rejoignit les troupes venues de Savoie. Cette arm\u00e9e poussa jusqu\u2019\u00e0 Sion. Les Valaisans aid\u00e9s des Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s lui inflig\u00e8rent une sanglante d\u00e9faite.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, la duchesse de Savoie tenta encore d\u2019envoyer des troupes Lombardes et Savoisiennes au secours du T\u00e9m\u00e9raire. Ces soldats franchirent le Saint- Bernard, mais les Valaisans les arr\u00eat\u00e8rent \u00e0 Sembrancher et les refoul\u00e8rent jusqu\u2019au sommet du col et occup\u00e8rent le Bas- Valais et le Chablais. La vall\u00e9e d\u2019Aoste envisagea alors de faire alliance avec le Valais mais la cour de Turin \u00e9touffa cette tentative. Cette vall\u00e9e resta donc sous la juridiction de la Savoie tandis que l\u2019hospice et l\u2019Entremont devenaient partie int\u00e9grante du Valais.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant la vall\u00e9e d\u2019Aoste faisait une proie all\u00e9chante pour les Valaisans. Ils r\u00e9solurent de l\u2019envahir. Mais une entrevue qui eut lieu le 24 juin 1506 sur le Saint- Bernard, entre la Savoie et le Valais, \u00e9vita la guerre. Les deux parties projet\u00e8rent de se rencontrer encore sur la fronti\u00e8re pour trancher leurs diff\u00e9rends. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019arbitrage de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Lausanne, ces d\u00e9marches aboutirent \u00e0 la paix d\u2019Ivr\u00e9e en 1507.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9forme causa des troubles encore plus profonds dans la r\u00e9gion. Le duch\u00e9 de Savoie subit de telles pertes que son existence en f\u00fbt menac\u00e9e. En 1536, les fran\u00e7ais envahissent la Savoie et le Pi\u00e9mont. Les Bernois conqui\u00e8rent d\u2019un seul \u00e9lan le pays de Vaud, Gen\u00e8ve, une partie du genevois et du Faucigny et le Chablais jusqu\u2019\u00e0 Thonon et projettent de nouveau de s\u2019annexer la vall\u00e9e d\u2019Aoste. Une tentative d\u2019invasion par le Saint-Bernard, en 1536, est arr\u00eat\u00e9e par une troupe valdotaine. Ayant peur des repr\u00e9sailles, les Valaisans placent \u00e0 l\u2019hospice une garnison de quatorze soldats, qu\u2019ils portent \u00e0 quarante \u00e0 l\u2019automne. Ces \u00e9v\u00e9nements conduisent l\u2019\u00e9v\u00eaque de Sion au Montjou avec une suite nombreuse en 1550. La d\u00e9fiance est si profonde que chacune des deux vall\u00e9es redoute d\u2019\u00eatre envahie par l\u2019autre. Elles en sont quitte pour la peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces \u00e9v\u00e9nements changent la g\u00e9ographie politique de la r\u00e9gion, de sorte que la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 du Montjou, au lieu d\u2019avoir affaire au seul duc de Savoie, rel\u00e8ve d\u00e8s lors de trois puissances politiques : la Savoie, le Valais et Berne.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme les Bernois imposent la R\u00e9forme dans les pays conquis, les nombreuses possessions du Saint-Bernard qui s\u2019y trouvent sont perdues. Par le fait de l\u2019annexion de l\u2019hospice au Valais, la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 se trouve d\u00e9sax\u00e9e au point de vue politique. N\u00e9e dans l\u2019ambiance de la maison de Savoie, elle reste profond\u00e9ment savoisienne par ses pr\u00e9v\u00f4ts, ses religieux, son pass\u00e9 et sa mentalit\u00e9. L\u2019hospice englob\u00e9 dans le territoire du Valais par la conqu\u00eate de 1475, les patriotes entendent avoir d\u00e8s lors la main haute sur la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 dont ils contr\u00f4lent la maison m\u00e8re. Ce qui complique la situation, c\u2019est que le pr\u00e9v\u00f4t ne r\u00e9side pas \u00e0 l\u2019hospice, mais \u00e0 Aoste, qu\u2019il \u00e9chappe ainsi \u00e0 l\u2019influence valaisanne et qu\u2019il reste d\u00e9vou\u00e9 au duc de Savoie. Gr\u00e2ce \u00e0 son habilet\u00e9 la maison de Savoie r\u00e9ussira \u00e0 tenir la main haute sur la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 durant trois si\u00e8cles encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bienfaiteurs sont moins nombreux que durant les p\u00e9riodes pr\u00e9c\u00e9dentes. C\u2019est normal, puisque l\u2019hospice n\u2019\u00e9prouve plus les m\u00eames n\u00e9cessit\u00e9s qu\u2019au d\u00e9but. Beaucoup de restaurations sont termin\u00e9es, mais les besoins restent grands et les fid\u00e8les g\u00e9n\u00e9reux s\u2019efforcent d\u2019y pourvoir. Les qu\u00eates continuent d\u2019apporter \u00e0 l\u2019hospice les ressources indispensables. Les pr\u00e9dications des indulgences, qui accompagnaient g\u00e9n\u00e9ralement les qu\u00eates, ont fourni \u00e0 Luther l\u2019occasion de sa r\u00e9volte contre l\u2019Eglise. le concile de Trente prit une mesure draconienne en interdisant de qu\u00eater de porte en porte. L\u2019hospice, qui tirait des qu\u00eates le plus clair de ses revenus, se trouvait durement frapp\u00e9. Le pr\u00e9v\u00f4t, peu apr\u00e8s son installation adressa une supplique au pape pour lui exposer le triste \u00e9tat de l\u2019hospice. Le pape se montra conciliant et accorda, de Rome, le 25 septembre 1563, \u00ab pour trois ans, au pr\u00e9v\u00f4t, la facult\u00e9 de d\u00e9signer dans chaque localit\u00e9 une \u00e9glise dont la visite procurerait une indulgence pl\u00e9ni\u00e8re \u00e9quivalente \u00e0 celle du jubil\u00e9 ou de la croisade. En outre, il mettait tous les bienfaiteurs de l\u2019hospice au b\u00e9n\u00e9fice des je\u00fbnes et offices des religieux du Montjou et des m\u00eames faveurs que les p\u00e8lerins de Terre Sainte. Il leur accordait aussi la facult\u00e9 de choisir leur confesseur qui, de ce fait, jouissaient d\u2019amples pouvoirs pour les absoudre \u00bb[11]<\/p>\n\n\n\n<p>La publication de ces indulgences \u00e9tait bien propre \u00e0 exciter la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des fid\u00e8les envers l\u2019hospice.<\/p>\n\n\n\n<p>Le synode tenu \u00e0 Aoste le 27 juin 1564 tient compte de ses faveurs, car, apr\u00e8s avoir port\u00e9 l\u2019interdiction de qu\u00eater, il fait une exception pour le Saint-Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>Les l\u00e9gendes de saint Bernard se multiplient au cours du XV i\u00e8me si\u00e8cle. Elles sont diff\u00e9rentes, mais rench\u00e9rissent l\u2019une sur l\u2019autre en merveilleux. Elles proviennent du fait que la vie de saint Bernard n\u2019\u00e9tait connu qu\u2019\u00e0 Novare o\u00f9 il n\u2019est parl\u00e9 que des derni\u00e8res ann\u00e9es du saint. Quand la vogue du merveilleux s\u2019empara de la vie du saint, elle y trouva un terrain id\u00e9al vu que, pour ce qui regarde la premi\u00e8re partie de la vie de ce saint, elle n\u2019\u00e9tait g\u00ean\u00e9e par aucune donn\u00e9e historique. La peinture s\u2019inspira de l\u2019une de ces l\u00e9gendes, repr\u00e9sentant saint Bernard en train d\u2019exorciser le diable. Elle s\u2019introduira peu \u00e0 peu dans les livres liturgiques, supplantera les donn\u00e9es de l\u2019histoire et imposera \u00e0 saint Bernard une physionomie fantaisiste qu\u2019il conservera jusqu\u2019aux temps modernes. La diffusion de ces l\u00e9gendes ne fut pas sans exercer une grande influence dans le peuple et provoqua une grande d\u00e9votion envers saint Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>1-4 ) \u2013 DE 1586 \u00c0 1734 : LA REPRISE SOUS LES PR\u00c9V\u00d4TS VALDOTAINS.<\/p>\n\n\n\n<p>a) \u2013 Milieu o\u00f9 s\u2019exerce l\u2019hospitalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concile de Trente mit tout en \u0153uvre pour la r\u00e9forme de l\u2019Eglise. Il s\u2019effor\u00e7a de d\u00e9truire les abus qui s\u2019\u00e9taient introduits dans le r\u00e9gime des dioc\u00e8ses et des monast\u00e8res, en particulier, par la commende. A cet effet, il ordonna que les monast\u00e8res fussent confi\u00e9s \u00e0 des personnes de l\u2019ordre et que l\u2019on y observ\u00e2t strictement la pauvret\u00e9. Ses d\u00e9cisions ne se firent accepter qu\u2019avec peine. Il y eut beaucoup de trouble au sein de l\u2019ordre, \u00e9tant donn\u00e9 la rivalit\u00e9 d\u2019influence entre le Valais et la Savoie au sujet de l\u2019hospice du Grand Saint Bernard, et qui eurent des retomb\u00e9es sur son hospitalit\u00e9. Le premier pr\u00e9v\u00f4t qui fut valdotain, succ\u00e9dant aux commendataires dont l\u2019\u00e9conomie avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9plorable, fut oblig\u00e9 d\u2019imposer des restrictions dans la mani\u00e8re d\u2019exercer l\u2019hospitalit\u00e9. Il est vrai que devenu poste fronti\u00e8re, l\u2019hospice en subit les cons\u00e9quences : comme \u00e0 toutes les fronti\u00e8res s\u2019exercent la douane et la contrebande. Le pr\u00e9v\u00f4t avait obtenu du pape qu\u2019en d\u00e9pit des d\u00e9cisions du concile de Trente, les qu\u00eates puissent se continuer en faveur de l\u2019hospice. Restait \u00e0 les faire accepter par les ordinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les uns s\u2019y pr\u00eatent de bonne gr\u00e2ce, comme saint Fran\u00e7ois de Sales qui, se souvenant des p\u00e9rils encourus lors de son passage du Saint Bernard en 1596, d\u00e9livre en 1617 ou 1620 \u00e0 un qu\u00eateur qui se rend en Belgique une recommandation digne d\u2019\u00eatre signal\u00e9e. Il rappelle que le monast\u00e8re du Montjou recueille et entretient un grand nombre de passants qui seraient en grand danger de p\u00e9rir parmi les cimes des montagnes \u00e0 cause de la violence incroyable des temp\u00eates de neige et du froid. Il ajoute : \u00ab Nous aussi qui connaissons en v\u00e9rit\u00e9 les \u0153uvres de charit\u00e9 de cette maison, nous recommandons \u00e0 tous le porteur des pr\u00e9sentes. \u00bb[12]<\/p>\n\n\n\n<p>En effet cet illustre \u00e9v\u00eaque, passa le Saint Bernard. Appel\u00e9 \u00e0 Turin pour convenir avec le duc de Savoie de certaines dispositions relatives \u00e0 sa mission en Chablais, il se mit en route au d\u00e9but d\u2019octobre avec son domestique Rolland. Bien que la saison ne soit pas tr\u00e8s avanc\u00e9e, il est surpris \u00e0 proximit\u00e9 du col par une terrible temp\u00eate de neige qui g\u00eane son cheval et lui fait perdre son chemin. Comme par miracle, il atteint cependant l\u2019hospice o\u00f9 il est fort bien accueilli par les religieux. Press\u00e9 par eux de rester quelques jours \u00e0 l\u2019hospice en attendant que la temp\u00eate s\u2019apaise, il n\u2019y consent pas. Il arrive \u00e0 Turin avant la fin d\u2019octobre et rentre dans le Chablais par le Petit saint Bernard. Saint Fran\u00e7ois conservera le souvenir de l\u2019hospitalit\u00e9 re\u00e7ue, d\u00e9crivant, dans le trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu (livre VIII, chapitre IX) le troisi\u00e8me et le plus haut degr\u00e9 de l\u2019hospitalit\u00e9.<br>D\u2019autres s\u2019opposent aux qu\u00eates sous pr\u00e9texte de fid\u00e9lit\u00e9 aux d\u00e9crets du concile. De ce fait l\u2019hospice subit une diminution sensible de ressources.Si l\u2019on attache tant d\u2019importance \u00e0 la continuation des qu\u00eates, c\u2019est que, sans elles, l\u2019hospitalit\u00e9 ne pourrait s\u2019exercer sur le Saint Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>b) \u2013 Exercice d\u2019hospitalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La route du Montjou \u00e9tait toujours fr\u00e9quent\u00e9e ; et \u00e0 l\u2019hospice sont re\u00e7us \u00ab tous les passants de quelques pays que ce soient, tant pauvres que riches et trait\u00e9s le plus cordialement que faire se peut ; chacun selon sa qualit\u00e9, trois jours durant, et voir plus si la n\u00e9cessit\u00e9 le requiert sans qu\u2019il soit loisible de demander le moindre argent. Les religieux doivent exercer l\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait gratuitement et mettre en commun les offrandes des passants. Ils ont l\u2019\u0153il \u00e0 ce que les p\u00e8lerins soient secourus et retir\u00e9s des dangers, et enterr\u00e9s en cas de mort. Ainsi chaque matin deux hospitaliers, (marronnier affect\u00e9 au service des passants) iront de chaque c\u00f4t\u00e9 de la montagne emportant la provision de pain, vin[13], pierre \u00e0 feu et autres choses n\u00e9cessaires pour le soulagement du voyageurs. Les autres sont occup\u00e9s \u00e0 officier au ch\u0153ur, les messes et offices. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son organisation, c\u2019est le clavendier qui re\u00e7oit les h\u00f4tes de distinction, les connaissances et les bienfaiteurs, hommes et femmes, \u00e0 la clavenderie, \u00e0 la salle capitulaire ou au r\u00e9fectoire des chanoines, la cl\u00f4ture n\u2019existant pas encore. Le Buffetier sous la d\u00e9pendance du clavendier assurait le service des autres voyageurs. Il est fr\u00e8re ou simplement la\u00efc. Il partage la table des religieux. A d\u00e9faut de fr\u00e8res, des clercs ou m\u00eame des pr\u00eatres remplissent cet office durant quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Un fait \u00e0 relever est que, depuis le XVI i\u00e8me si\u00e8cle, parmi les p\u00e8lerins qu\u2019h\u00e9berge l\u2019hospice , il n\u2019y a plus seulement ceux qui se rendent aux tombeaux des saints ap\u00f4tres Pierre et Paul, mais encore ceux qui font de l\u2019hospice le but de leur p\u00e8lerinage. Le 27 mai 1676, les paroisses de la vall\u00e9e du Saint Bernard, s\u2019y rendent en procession. C\u2019est la premi\u00e8re manifestation de ce genre que nous connaissons. D\u00e8s lors les paroisses de cette vall\u00e9e et de l\u2019Entremont renouvellent fr\u00e9quemment cette d\u00e9votion. En d\u00e9pit de la vigilance des religieux, bien des passants p\u00e9riront, pris dans la tourmente et ensevelis sur place. Le t\u00e9l\u00e9phone n\u2019existant pas, on ne pouvait savoir \u00e0 l\u2019hospice s\u2019il y avait des personnes sur la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Au passage des voyageurs, l\u2019imagination populaire associe naturellement les fameux chiens de Saint Bernard. On sera surpris d\u2019apprendre que le premier chien connu remplissait, vers 1700, l\u2019humble fonction de \u2018\u2019tourne \u2013 broche\u2019\u2019 au moyen d\u2019une roue.<\/p>\n\n\n\n<p>1-5 ) \u2013 DE 1734 \u00c0 1752 : LA S\u00c9PARATION.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses querelles d\u00e9chirent la maison du Saint Bernard, opposant les savoisiens et les valaisans. La cause des dissensions, ce sont les interventions indiscr\u00e8tes du nonce de Lucerne, l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019observer les constitutions et la faction des chanoines valaisans. Les religieux de l\u2019hospice demande au pape d\u2019envoyer sur les lieux une personne digne qui examinerait la situation et y porterait rem\u00e8de. Il faudra attendre 1738, pour que le pape se d\u00e9cide d\u2019agir. Il fait savoir \u00e0 la cour de Turin qu\u2019il a l\u2019intention de s\u00e9parer les religieux des deux nations et de r\u00e9tablir l\u2019observance des constitutions. Il se produit alors un ensemble de faits qui donn\u00e8rent une autre tournure \u00e0 la cause des chanoines valaisans. La cause de la s\u00e9paration restait pendante. Les savoisiens tent\u00e8rent de reprendre pied \u00e0 l\u2019hospice en usant de gestes d\u2019apaisement. L\u2019occasion se pr\u00e9sentant, ils d\u00e9peupl\u00e8rent l\u2019hospice des novices et des plus jeunes religieux que l\u2019on recrutait p\u00e9niblement.<br>En Mars 1742, les religieux valaisans renouvellent aupr\u00e8s du pape Beno\u00eet XIV leur demande de s\u00e9paration en mena\u00e7ant de suspendre l\u2019hospitalit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des sujets sardes. Le Valais \u00e9crit aux cardinaux dans le m\u00eame sens. Le roi de Sardaigne revendique la nomination du pr\u00e9v\u00f4t et veut retenir tous les biens situ\u00e9s dans ses Etats en cas de s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pape r\u00e8gle les litiges avec la cour de Turin sauf celui qui concerne l\u2019hospice. La s\u00e9paration ne vient toujours pas et l\u2019incertitude grandit \u00e0 l\u2019hospice, au point de devenir intol\u00e9rable. Les valaisans envisagent de reprendre contact avec les Savoisiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roi ayant appris cette reprise de contact et redoutant tout des chanoines exasp\u00e9r\u00e9s tente un supr\u00eame effort pour garder son droit d\u2019\u00e9lection et se d\u00e9cide \u00e0 faire nommer un pr\u00e9v\u00f4t d\u00e9sign\u00e9 par lui.<\/p>\n\n\n\n<p>A Rome la question est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9e. Le pape s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 agir nettement en faveur de la cour de Turin en nommant un pr\u00eatre digne d\u2019estime comme nouveau pr\u00e9v\u00f4t. Cette solution est mal accueillie par les valaisans qui font appel aux cantons de Fribourg, Lucerne et Unterwald. Glaris r\u00e9pondra m\u00eame que cette affaire int\u00e9resse le corps helv\u00e9tique entier.<\/p>\n\n\n\n<p>La France intervint \u00e0 son tour, les chanoines menacent de d\u00e9serter l\u2019hospice plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre sous les ordres d\u2019un pr\u00e9v\u00f4t non \u00e9lu. Les n\u00e9gociations furent longues et ardues, mais les religieux valaisans arrivent \u00e0 leur but : la s\u00e9paration et la libert\u00e9 d\u2019\u00e9lire le pr\u00e9v\u00f4t. Les chanoines savoisiens seront tenus \u00e0 l\u2019\u00e9cart des n\u00e9gociations. Ils restent tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 la maison du Saint Bernard et souffrent d\u2019\u00eatre exclus de l\u2019hospice et d\u2019avoir perdu leur raison d\u2019\u00eatre. Il leur reste le Petit Saint Bernard.<br>Une bulle papale de s\u00e9paration sera exp\u00e9di\u00e9e le 19 ao\u00fbt 1752, qui tranche d\u00e9finitivement la querelle qui durait ainsi depuis 30 ans. Ces dispositions arrivent alors que la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 est vacante et de graves dissensions se sont \u00e9lev\u00e9es entre les chanoines des deux nations.<br>Entre toutes dispositions le pape rendit aux chanoines du Saint Bernard la libert\u00e9 d\u2019\u00e9lection de leur pr\u00e9v\u00f4t (qui appartenait au duc de Savoie) et ordonne que l\u2019hospitalit\u00e9 ne soit pas diminu\u00e9e. Cette bulle donnait satisfaction, pour le fond, aux chanoines valaisans, mais les privait de tous revenus des Etats sardes.<br>Les chanoines s\u2019estimaient injustement d\u00e9pouill\u00e9s, mais ne se tinrent pas pour battus. Au contraire, ces dispositions se r\u00e9v\u00e8lent avoir \u00e9t\u00e9 bienfaisantes. Les chanoines pris par leur \u0153uvre d\u2019hospitalit\u00e9, firent tant qu\u2019ils r\u00e9ussirent \u00e0 mettre l\u2019hospice et la congr\u00e9gation sur un pied plus prosp\u00e8re que jamais. Ainsi tandis qu\u2019\u00e0 Aoste on se querelle encore autour des d\u00e9pouilles du Saint Bernard, \u00e0 l\u2019hospice et en Valais les chanoines de la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 d\u00e9membr\u00e9e se tournent r\u00e9solument vers l\u2019avenir et d\u00e9ploient toutes leurs forces pour le maintien et l\u2019amplification de l\u2019\u0153uvre de saint Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>1-6 ) \u2013 Le renouveau depuis 1752.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9paration de droit proclam\u00e9e en 1752 n\u2019apporte pas un bouleversement dans la vie de la maison du Saint Bernard. Trente ans de luttes et de s\u00e9paration effective l\u2019ont pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement et l\u2019adaptation est faite en partie quand les chanoines valaisans se trouvent seuls \u00e0 assurer la continuation de l\u2019\u0153uvre hospitali\u00e8re. Cette grande \u0153uvre, que personne ne songe \u00e0 abandonner, sauve la famille religieuse de saint Bernard.<\/p>\n\n\n\n<p>Si au lendemain de la s\u00e9paration, les chanoines diminu\u00e9s en nombre, appauvris en ressources, ne s\u2019\u00e9taient trouv\u00e9s en face d\u2019une grande fonction sociale \u00e0 continuer, ils se seraient presque infailliblement dispers\u00e9s et la maison aurait disparu. Mais l\u2019hospice demeure, les passants continuent d\u2019affluer, les religieux restent pris dans l\u2019engrenage et l\u2019activit\u00e9 hospitali\u00e8re continue, sans interruption, sans grand changement, comme par le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chanoines sont moins nombreux, ils paieront davantage de leur personne et feront appel \u00e0 l\u2019aide d\u2019autres religieux ; ils ont perdu la plus grande partie de leurs ressources, ils observeront une \u00e9conomie plus stricte et demanderont davantage \u00e0 la charit\u00e9 publique. A cette p\u00e9riode h\u00e9ro\u00efque, une autre succ\u00e8de, de grande prosp\u00e9rit\u00e9, marqu\u00e9e par l\u2019afflux des vocations.<\/p>\n\n\n\n<p>a) \u2013 Les passants.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements politiques, militaires et religieux exercent leur r\u00e9percussion sur la client\u00e8le, toujours nombreuse, de l\u2019hospice. La R\u00e9volution fran\u00e7aise contraignit une multitude de pr\u00eatres fran\u00e7ais, qui refus\u00e8rent le serment \u00e0 la constitution, \u00e0 chercher refuge dans les pays voisins. Depuis la fin de 1792 et durant toute l\u2019ann\u00e9e de 1793, l\u2019hospice fut constamment rempli par des \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais qui allaient chercher un refuge en Italie. Il en passa environ cinquante mille, la plupart membres de la noblesse ou du clerg\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au printemps 1796, Napol\u00e9on envahit le Pi\u00e9mont. Les r\u00e9fugi\u00e9s ne s\u2019y sentent pas en s\u00e9curit\u00e9 et refluent vers la Suisse. Les mouvements des troupes sont continuels.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1798 le Valais est envahi par les troupes r\u00e9volutionnaires. Les premiers soldats qui franchirent le Saint Bernard, furent une compagnie qui arriva le jeudi saint et qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre copieusement rafra\u00eechie, partit pour Aoste.<\/p>\n\n\n\n<p>Du 24 mai au 12 novembre, quarante-trois mille hommes de l\u2019arm\u00e9e du Rhin avec de la cavalerie passent en Italie. Cependant les Austro-Russes gagnent du terrain et arrivent \u00e0 Saint Rh\u00e9my. Cinq cents soldats fran\u00e7ais prennent leurs quartiers \u00e0 l\u2019hospice de mai \u00e0 juillet 1799. Les Austro-Russes r\u00e9ussissent \u00e0 les d\u00e9loger durant quelques semaines en juillet et ao\u00fbt. Ils sont \u00e0 leur tour chass\u00e9s par les fran\u00e7ais dont deux cents soldats restent \u00e0 l\u2019hospice en garnison.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Italie est perdue pour la France. Napol\u00e9on, de retour d\u2019Egypte, mesure d\u2019un seul coup d\u2019\u0153il la gravit\u00e9 de la situation et, avec la promptitude de l\u2019aigle, lance l\u2019arm\u00e9e de r\u00e9serve \u00e0 travers les Alpes. En mai, le gros de l\u2019arm\u00e9e soit quarante mille hommes, franchit le col le plus \u00e9lev\u00e9, le Saint Bernard, choisi malgr\u00e9 sa difficult\u00e9 et la neige, pour surprendre les Austro-Russes. La tactique r\u00e9ussit et aboutit \u00e0 la d\u00e9cisive victoire de Marengo le 14 juin 1800.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers surpris furent les chanoines quand le 15 mai, ils virent arriver \u00e0 l\u2019hospice l\u2019avant garde. Aussit\u00f4t ils dress\u00e8rent des tables devant l\u2019hospice et distribu\u00e8rent \u00e0 chaque soldat deux verres de vin et une ration de pain de seigle et de fromage. Le passage dura trois semaines, mais le gros de l\u2019arm\u00e9e passa en sept jours. Les distributions furent maintenues jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement des provisions, \u00e0 l\u2019exception du vin de messe et des biscuits qui furent, durant quelques jours, la seule nourriture des religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12 novembre 1810, le Saint Bernard vit passer mille cinq cent soldats qui viennent prendre possession du Valais au nom de l\u2019empereur pour en faire le d\u00e9partement fran\u00e7ais du Simplon. Le froid y est si vif (- 16\u00b0) que nombre de soldats eurent des membres gel\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite des revers de Napol\u00e9on, les Fran\u00e7ais tent\u00e8rent de rentrer dans leur pays par tous les chemins et les Alli\u00e9s occup\u00e8rent le Valais. Les derniers jours de l\u2019ann\u00e9e 1813, quatorze gendarmes fran\u00e7ais prennent possession de l\u2019hospice. Le 1er janvier 1814, quarante Autrichiens, venant du Valais d\u00e9logent les fran\u00e7ais sans grande difficult\u00e9 et l\u2019occupent \u00e0 leur tour. Le lendemain, une compagnie et demie de soldats fran\u00e7ais arrivent de Saint Rh\u00e9my. Durant deux jours il y a combat sur le col. Les Autrichiens vainqueurs demeurent \u00e0 l\u2019hospice jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abdication de Napol\u00e9on le 6 avril 1814.<\/p>\n\n\n\n<p>b) \u2013 De nouvelles techniques au service de l\u2019hospice.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la chute de Napol\u00e9on, le passage du Saint Bernard redevient paisible. Ce sont de nouveaux marchands, les ouvriers saisonniers, les grands personnages, rois, comte, marquis, diplomates, officiers ou eccl\u00e9siastiques de tous pays du monde qui continuent, surtout durant la bonne saison, leur interminable d\u00e9fil\u00e9 sur le col.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hospice b\u00e9n\u00e9ficia tr\u00e8s t\u00f4t des moyens rapides de communication d\u00e9couverts par la science moderne et sut les utiliser pour rendre plus efficace l\u2019aide aux voyageurs. D\u00e8s 1817, un poste d\u2019observation m\u00e9t\u00e9orologique est install\u00e9 \u00e0 l\u2019hospice, celui-ci \u00e9tant un des lieux les plus \u00e9lev\u00e9s habit\u00e9s toute l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1870, le t\u00e9l\u00e9graphe fonctionnait entre Martigny et Bourg Saint Pierre. La ligne fut prolong\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019hospice en 1885 et commen\u00e7a \u00e0 fonctionner le 1er octobre. Une extension faite par un chanoine verra le jour en 1886, c\u00f4t\u00e9 italien, entre l\u2019hospice et la cantine de Proz. L\u2019ann\u00e9e suivante le t\u00e9l\u00e9phone est install\u00e9 de l\u2019hospice \u00e0 Fontintes et \u00e0 Saint Rh\u00e9my. Ces lignes rendent d\u2019inappr\u00e9ciables services aux voyageurs auxquels elles \u00e9pargnent une multitude d\u2019accidents. Elles avaient le grand d\u00e9faut d\u2019\u00eatre a\u00e9riennes et d\u2019\u00eatre inutilisables par le gros temps. C\u2019est pourquoi en 1933 les lignes furent mises sous terre de l\u2019hospice \u00e0 l\u2019Hospitalet (c\u00f4t\u00e9 valais). Cette heureuse r\u00e9alisation, \u00e0 laquelle les jeunes religieux ont collabor\u00e9 p\u00e9niblement de leur mains, assure le fonctionnement du t\u00e9l\u00e9phone en toute saison.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le romantisme, qui suscite le go\u00fbt de la nature primitive et sauvage, le Saint Bernard voit affluer dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX i\u00e8me si\u00e8cle un nouveau type de passant : le touriste. Il ne voyage pas pour un motif de pi\u00e9t\u00e9 ou de profit, mais pour satisfaire son besoin d\u2019\u00e9motion au contact de la nature. Le Saint Bernard avec son aspect sauvage et d\u00e9sol\u00e9 l\u2019attire. D\u2019autant que durant la bonne saison, les voitures peuvent arriver jusqu\u2019au col, tandis qu\u2019auparavant tout transport de personnes ou de marchandises se faisait \u00e0 dos de mulet. En ao\u00fbt 1901, la premi\u00e8re automobile arriva \u00e0 l\u2019hospice.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les moyens de locomotion d\u2019hiver, le ski est assur\u00e9ment le plus adapt\u00e9 au Saint Bernard. D\u00e8s 1878, une paire de skis norv\u00e9giens est envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019hospice. encore fallait-il savoir s\u2019en servir !.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques essais infructueux, ces skis furent rel\u00e9gu\u00e9s au galetas et les religieux continu\u00e8rent le sport primitif de la planche, qui consistait \u00e0 glisser sur la neige au moyen d\u2019une simple planche munie au bas d\u2019une traverse pour retenir les pieds. Pour voyager par grosse neige, ils employaient les raquettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 1892, quelques chanoines se mirent au ski de mani\u00e8re suivie. Bient\u00f4t tous les chanoines furent \u00e9quip\u00e9s et \u00e0 l\u2019aide d\u2019un long b\u00e2ton purent prendre leurs \u00e9bats sur la neige. Comme les voyageurs utilisaient encore peu le ski et qu\u2019il fallait conserver la piste pour les pi\u00e9tons, quand les religieux descendaient en excursion ils devaient remonter \u00e0 pied pour maintenir le \u00ab pion \u00bb (piste pour pi\u00e9tons).<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, le ski se perfectionna et devint d\u2019un usage plus pratique gr\u00e2ce \u00e0 la mobilit\u00e9 des fixations et l\u2019emploi \u00e0 deux b\u00e2tons \u00e0 rondelle. A partir de 1900, des touristes utilisent le ski pour monter \u00e0 l\u2019hospice en hiver. C\u2019\u00e9tait l\u2019exception !<br>Actuellement on ne monte qu\u2019\u00e0 ski. Ce moyen procure aux habitants de l\u2019hospice une grande facilit\u00e9 de d\u00e9placement pour leurs affaires ou l\u2019aide aux voyageurs.<\/p>\n\n\n\n<p>c) \u2013 Adaptation de l\u2019hospitalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant ces deux cent derni\u00e8res ann\u00e9es, les conditions d\u2019hospitalit\u00e9 ont d\u00fb se plier aux circonstances. La circulation automobile multiplia le nombre des visiteurs au point que le service de l\u2019hospitalit\u00e9 se trouva parfois d\u00e9bord\u00e9. Pour suffire aux besoins, il fut \u00e9lev\u00e9 la Maison Neuve qui doublait les capacit\u00e9s d\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1920 et 1922, il est d\u00e9cid\u00e9 que les personnes voyageant en auto ne pourraient passer la nuit \u00e0 l\u2019hospice. Nombre de touristes venus en auto en furent fort contrari\u00e9s. En outre, cars et autos d\u00e9versaient des foules toujours plus nombreuses devant l\u2019hospice. Il y eut m\u00eame des cas d\u2019exploitation r\u00e9voltante : des organisateurs de courses faisaient figurer dans leur prix celui du d\u00eener alors que celui-ci \u00e9tait fourni gratuitement par l\u2019hospice. C\u2019\u00e9tait l\u2019envahissement et la dilapidation. Des mesures s\u2019imposaient. On envisagea donc de louer la maison neuve \u00e0 un h\u00f4telier : les gens de condition modeste continueraient d\u2019\u00eatre re\u00e7us gratuitement dans le vieil hospice tandis que les touristes seraient h\u00e9berg\u00e9s dans l\u2019h\u00f4tel. L\u2019affaire fut sign\u00e9e en 1925, l\u2019exploitation de la Maison Neuve devint \u00ab H\u00f4tel de l\u2019hospice du Grand Saint Bernard \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant les guerres 1914-1918 et 1939-1945, les soldats suisses tinrent une garnison continuelle \u00e0 l\u2019hospice. Oblig\u00e9s de partager durant de longs mois le m\u00eame toit que les religieux, ils se firent si bonne compagnie dans cette solitude que tous en gardent le meilleur souvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit combien est h\u00e9t\u00e9roclite le monde accueilli \u00e0 l\u2019hospice. A qui s\u2019en \u00e9tonnerait, nous rappellerons que la charit\u00e9 ne fait pas acception de personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que cela ne soit pas l\u2019objet de notre travail, nous soulignerons encore qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, la maison du Saint Bernard \u00e9largit le champ de son hospitalit\u00e9, en cr\u00e9ant deux \u00e9coles d\u2019agriculture (Ec\u00f4ne, Aoste), en ouvrant un coll\u00e8ge d\u2019\u00e9tudes classiques \u00e0 Champittet et en collaborant avec les P\u00e8res des Missions \u00e9trang\u00e8res, \u00e0 l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du Yunnan.<\/p>\n\n\n\n<p>2 ) \u2013 LA MISSION DE L\u2019HOSPICE D\u2019AUJOURD\u2019HUI.<\/p>\n\n\n\n<p>Au travers de cette histoire cibl\u00e9e, nous constatons que les h\u00f4tes de passage n\u2019ont sans doute pas toujours \u00e9t\u00e9 faciles et tous les disciples de saint Bernard n\u2019ont pas, non plus \u00e9t\u00e9 sans d\u00e9fauts\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la question n\u2019est pas l\u00e0. Quand on donne \u00e0 l\u2019autre d\u2019ouvrir son c\u0153ur, quand on lui permet de d\u00e9crisper ses mains,\u2026 c\u2019est l\u00e0 que Dieu \u00ab fait gr\u00e2ce \u00bb. Dans un monde que ne parle que d\u2019efficacit\u00e9, de rentabilit\u00e9, nous parlons, nous, de f\u00e9condit\u00e9\u2026 Au c\u0153ur de nos fragilit\u00e9s m\u00eame, le Seigneur donne la f\u00e9condit\u00e9 :<br>\u00ab Ma gr\u00e2ce te suffit. Ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse \u00bb (2 Co 12,9).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hospice d\u2019aujourd\u2019hui est un haut lieu d\u2019accueil. Un accueil exerc\u00e9 par une communaut\u00e9 vivante. Une communaut\u00e9 pr\u00e9sente depuis le XI i\u00e8me si\u00e8cle, fid\u00e8le \u00e0 une longue tradition qui respire dans ces murs. L\u2019hospice se veut aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre une porte ouverte sur la route des hommes, avec tous les hommes, avec tout l\u2019homme. C\u2019est une attention sp\u00e9ciale o\u00f9 il est envisag\u00e9 dans la tendresse du regard d\u2019un autre. L\u2019hospitalit\u00e9 est un acte de foi dans le regard de Dieu pos\u00e9 sur chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis neuf cent ans, gr\u00e2ce \u00e0 saint Bernard qui a eut l\u2019id\u00e9e d\u2019une telle \u0153uvre, l\u2019hospice est debout, solide et s\u00e9v\u00e8re, mais au prix de quels travaux, de quelles d\u00e9penses, de quel ind\u00e9fectible courage !<\/p>\n\n\n\n<p>Qui pourrait dire les bienfaits sans nombre, que, pendant des si\u00e8cles, les saints compagnons de Bernard ont prodigu\u00e9s aux passants de toutes les religions et de toutes les races ? Combien de secours ont-ils port\u00e9s dans les circonstances les plus critiques ? Combien de malheureux sur le point de p\u00e9rir, ont-ils arrach\u00e9s \u00e0 la mort ? Quelle aide aussi ont-ils apport\u00e9e aux relations entre les peuples en rendant la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 ces chemins alpestres ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le pape Pie XI, fervent alpiniste, d\u00e9clara le 20 ao\u00fbt 1923, saint Bernard du Montjou comme<br>\u00ab patron c\u00e9leste non seulement aux habitants des Alpes ou \u00e0 ses visiteurs, mais \u00e0 tous ceux qui entreprennent l\u2019ascension des montagnes. Car de tous les exercices qui procurent une saine distraction, il n\u2019en est pas, \u00e0 qui sait en bannir toute t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, de plus utile \u00e0 la sant\u00e9 du corps et \u00e0 la vigueur de l\u2019esprit. Dans un p\u00e9nible effort pour atteindre les cimes o\u00f9 l\u2019air est plus l\u00e9ger et plus pur, on reprend sans doute de nouvelles forces ; mais aussi, \u00e0 surmonter les innombrables obstacles de la route, l\u2019\u00e2me s\u2019entra\u00eene \u00e0 vaincre les difficult\u00e9s du devoir, et le spectacle grandiose des vastes horizons qui, du fa\u00eete des Alpes, s\u2019offrent de toutes parts \u00e0 nos yeux, \u00e9l\u00e8ve sans peine notre esprit jusqu\u2019\u00e0 Dieu, auteur et souverain de la nature. \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>a) \u2013 \u00ab Marche en Ma Pr\u00e9sence \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est l\u2019invitation programme que la communaut\u00e9 du Grand Saint Bernard fait \u00e0 ceux qui veulent, dans leur cadre tr\u00e8s concret de montagne, entrer plus en avant dans l\u2019intimit\u00e9 de Dieu. Cette invitation, chaque membre de la communaut\u00e9 essaie de l\u2019accueillir dans sa propre vie d\u2019abord. Ensuite, soucieux de rejoindre les hommes de son temps pour mieux les amener jusqu\u2019\u00e0 ce sommet qui est le Christ, elle embo\u00eetera leurs pas, pour aller avec eux sur des traces qu\u2019il s\u2019est exerc\u00e9 \u00e0 rep\u00e9rer. Ces balises se laissent reconna\u00eetre. Elles ont tellement le forme d\u2019une croix. C\u2019est la signature que J\u00e9sus d\u00e9pose sur son passage dans toute histoire humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Marche en ma pr\u00e9sence \u00bb Une invitation toujours ancienne et toujours nouvelle. C\u2019est dans le sillage d\u2019Abraham, de Mo\u00efse et de tous nos p\u00e8res dans la foi qu\u2019il leur est propos\u00e9 d\u2019aller, d\u2019oser, de risquer l\u2019aventure et la libert\u00e9. La vocation des chanoines est, par ce biais, une vocation de communication avec tout un peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Peuple de croyants en marche \u00ab vers une patrie meilleure \u00bb. Peuple de passants, peuple de tout-venant sans acception de personne. La montagne a prit aujourd\u2019hui la forme d\u2019un carrefour pour ces peuples de diff\u00e9rentes races et langues. Elle offre un chemin neuf pour marcher, sur les pas de Mo\u00efse vers le nouveau Canaan.<\/p>\n\n\n\n<p>La montagne demeure un lieu d\u00e9capant o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de la marche s\u2019impose avec son exp\u00e9rience de dur\u00e9e, de lenteur, de respect des conditions sur lesquelles l\u2019homme n\u2019aura jamais une ma\u00eetrise totale : l\u2019itin\u00e9raire et la m\u00e9t\u00e9o. Autant de valeurs qui situent l\u2019homme \u00e0 sa juste place, lui tout petit dans le vaste univers et pourtant appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre partenaire d\u2019une Pr\u00e9sence d\u2019immensit\u00e9 sur ces routes humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Marche \u00bb avait dit Dieu \u00e0 Mo\u00efse, mais marche \u00ab en Ma Pr\u00e9sence \u00bb. Oui, \u00ab marche \u00bb pour exprimer ta communion avec tous les hommes. \u2013 Marche tout d\u2019abord avec les fr\u00e8res de ta communaut\u00e9 ; ils te sont donn\u00e9s pour que \u00ab vous n\u2019ayez qu\u2019un c\u0153ur et qu\u2019une \u00e2me en Dieu \u00bb.<br>\u2013 Marche avec celui, avec celle qui ne sait pas o\u00f9 aller ou bien ne sait plus o\u00f9 la vie le conduit ; Marche ! ses pas l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 l\u2019hospice du Grand Saint Bernard. Ne lui demande pas son passeport, ni son porte-monnaie. Fais un bout de chemin avec lui ; marche.<br>\u2013 Marche avec tous ceux ; jeunes ou \u00e2g\u00e9s, pratiquant ou non, qui ont d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9, accompagn\u00e9s ou non, marche.<br>\u2013 Marche, m\u00eame si c\u2019est dans le bruit ou la dissonance. Marche avec ces jeunes qui apprennent le m\u00e9tier des hommes sur les bancs d\u2019\u00e9cole. Marche tant\u00f4t en avant pour indiquer le chemin, tant\u00f4t en arri\u00e8re pour n\u2019en laisser aucun de c\u00f4t\u00e9.<br>\u2013 Marche avec l\u2019audace des pionniers qui ont pris le rythme d\u2019une culture, d\u2019une pens\u00e9e, d\u2019une langue, d\u2019une vie tellement autre sur la belle \u00eele de Taiwan aujourd\u2019hui et hier encore, aux marches tib\u00e9taines.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui \u00ab marche \u00bb, \u00ab en Ma Pr\u00e9sence \u00bb pour exprimer la communion avec ton Dieu.<br>\u2013 Pr\u00e9sence aimantant notre boussole et qui donne la direction de la marche par beau temps comme dans le brouillard.<br>\u2013 Pr\u00e9sence \u00e0 v\u00e9rifier au quotidien de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique et liturgique, simple et belle comme un chemin de grande randonn\u00e9e.<br>\u2013 Pr\u00e9sence \u00e0 savourer dans la pri\u00e8re personnelle, dans la contemplation gratuite, m\u00eame lorsqu\u2019elle est ardue et d\u00e9sertique comme les pierriers des Alpes.<br>\u2013 Pr\u00e9sence divine \u00e0 honorer \u2013 et dans un acte de foi supr\u00eame \u2013 dans le c\u0153ur de chaque personne, \u00e0 commencer par membre de la communaut\u00e9, que notre minist\u00e8re nous confiera comme compagnons de route.<\/p>\n\n\n\n<p>b) \u2013 Ici le Christ est ador\u00e9 et nourri.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette formule qui a travers\u00e9e l\u2019histoire, nous invite \u00e0 la double communion avec les hommes et avec Dieu : elle rythme et oriente toute la vie de la communaut\u00e9 dans son aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ici \u00bb, en ce lieu pr\u00e9cis, sur la montagne. Un lieu inhumain qui devient lieu d\u2019\u00e9piphanie par la pleine manifestation du Christ. Qui devient lieu du resplendissement de la Seigneurie du Christ, comme sur la Croix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ici, le Christ \u00bb Il y est, il nous pr\u00e9c\u00e8de. Nous n\u2019avons pas \u00e0 l\u2019apporter, il nous faut le reconna\u00eetre et l\u2019accueillir dans l\u2019humble pr\u00e9sence du fr\u00e8re qui est propos\u00e9e \u00e0 notre accueil. Il donne sens et valeur \u00e0 notre vie. Il l\u2019oriente et nous lib\u00e8re de nous-m\u00eames. C\u2019est un acte de mort \u00e0 nous-m\u00eame pour se perdre en l\u2019autre, une r\u00e9surrection.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le Christ est ador\u00e9 \u00bb par la gratuit\u00e9 de notre pr\u00e9sence, car la valeur de notre existence n\u2019est pas dans le faire, mais dans l\u2019\u00eatre. Nous sommes tous en devenir. Le fait d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent me rend disponible \u00e0 l\u2019autre. Ma pr\u00e9sence fait vivre l\u2019autre et la pr\u00e9sence du Christ donn\u00e9, me fait vivre. Le Christ oriente profond\u00e9ment notre vie comme Celui vers qui respire et aspire notre c\u0153ur. Il est comme le souffle de notre vie. L\u2019adoration est la r\u00e9ponse \u00e0 Son Attraction. Il nous faut nous tenir \u00e0 genoux devant Dieu pour mieux cheminer avec les hommes, et rendre gr\u00e2ce par la louange \u00e0 sa gloire car Il EST.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le Christ est nourri \u00bb Le Christ dont saint Bernard a d\u00e9couvert la pr\u00e9sence sur le Col du Montjou, c\u2019est le Fils de Dieu qui m\u00e9rite le don total de nous-m\u00eame dans l\u2019adoration, et en m\u00eame temps, c\u2019est le fils des hommes. C\u2019est l\u2019homme dans le besoin qui demande : \u00ab donne-moi \u00e0 boire ! \u00bb. C\u2019est lui qui oriente notre vie ici haut, sur la montagne !<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous sommes d\u00e9bord\u00e9s : c\u2019est que le multiple visage du Christ est capable d\u2019\u00e9pouser toute la d\u00e9tresse humaine et qu\u2019il nous d\u00e9bordera toujours. Si nous arrivons \u00e0 cerner et \u00e0 ma\u00eetriser pleinement cet accueil, peut-\u00eatre aurons-nous r\u00e9duit le Visage du Christ \u00e0 notre petite mesure humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Nourri \u00bb fait aussi r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019art du berger conduisant le troupeau vers de bonnes nourritures. Cela implique : pr\u00e9venance, tendresse, douceur, patience, perte de temps\u2026.C\u2019est une exp\u00e9rience qui transforme et transfigure les deux partenaires et, qui n\u00e9cessite de devenir chaque jour davantage pauvre de c\u0153ur et de se faire espace d\u2019amour et de tendresse.<\/p>\n\n\n\n<p>La communaut\u00e9 du Grand Saint Bernard permet d\u2019accueillir et d\u2019aider des personnes, ce qu\u2019on ne pourrait faire tout seul. Quand on met ses forces ensemble, qu\u2019on partage les t\u00e2ches et la prise en charge, on peut accueillir beaucoup de monde et m\u00eame des personnes dans une profonde d\u00e9tresse. On peut les aider \u00e0 d\u00e9couvrir qu\u2019elles sont aim\u00e9es et aimables et par l\u00e0, \u00e0 trouver les voies de gu\u00e9rison int\u00e9rieure et une confiance en elles-m\u00eames, en des fr\u00e8res et s\u0153urs et en Dieu. Pour pouvoir accueillir, il faut exister, c\u2019est \u00e0 dire \u00ab \u00eatre \u00bb une communaut\u00e9 qui ait une vie r\u00e9elle. C\u2019est dans sa tradition mill\u00e9naire que puise la communaut\u00e9 : Aller au devant, au risque de sa vie, le risque d\u2019une ouverture, toujours maintenue, aux r\u00e9alit\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne s\u2019installe pas \u00e0 l\u2019hospice, on s\u2019y arr\u00eate le temps de se refaire des forces, le temps de se ressourcer, le temps d\u2019une relation plus en profondeur\u2026. L\u2019hospice offre \u00e0 tout homme un lieu o\u00f9 il est reconnu et attendu comme un \u00eatre unique, comme une valeur infinie.<\/p>\n\n\n\n<p>CONCLUSION<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019exemple d\u2019Abraham, nous avons \u00e0 ouvrir notre porte et notre c\u0153ur \u00e0 un fr\u00e8re humain, quel qu\u2019il soit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est un devoir sacr\u00e9, auquel on se saurait manquer sans m\u00e9riter un grave ch\u00e2timent ; celui sur lequel nous serons jug\u00e9s dit J\u00e9sus. C\u2019est un appel \u00e0 la vie, un appel au salut, un appel \u00e0 la charit\u00e9 dans le quotidien, un appel \u00e0 la mis\u00e9ricorde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est une joie car nos \u00e9go\u00efsmes, nos protections nous privent du bonheur de la rencontre, de la d\u00e9couverte. La pr\u00e9sence de l\u2019autre agrandit notre maison apr\u00e8s avoir paru l\u2019encombr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est un art car on n\u2019accueille pas n\u2019importe comment, par simple bon c\u0153ur et \u00e0 l\u2019aveuglette. On re\u00e7oit chacun selon ce qu\u2019il est et cependant sans faire acception de personne. On doit donner \u00e0 l\u2019h\u00f4te ce qui est bon pour lui, et parfois ce n\u2019est pas ce qu\u2019il demande.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est un myst\u00e8re, au travers de gestes humains que l\u2019on \u00e9change entre h\u00f4tes, dans ce que nous pouvons bien appeler le rite de l\u2019accueil se r\u00e9alise quelque chose de plus grand que les apparences \u00ab N\u2019oubliez pas l\u2019hospitalit\u00e9, car gr\u00e2ce \u00e0 elle, certains sans le savoir, on accueilli des anges \u00bb. (He 13,1). Et J\u00e9sus va encore plus loin : accueillir le pauvre, le fr\u00e8re, celui qui vient \u00e0 nous en demandeur, c\u2019est l\u2019accueillir lui-m\u00eame (Mt 25).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est une \u0153uvre de mis\u00e9ricorde qui ne repose ni sur l\u2019\u00e9motion, ni sur le sentiment d\u2019apitoiement. Elle est \u0153uvre de charit\u00e9, elle est vertu. Elle nous \u00e9loigne de toute r\u00e9signation passive et nous incite au contraire \u00e0 lutter de toutes nos forces contre le mal qui frappe injustement nos fr\u00e8res. Ce faisant la mis\u00e9ricorde imprime en nous la plus haute ressemblance avec Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail de recherche sur l\u2019hospitalit\u00e9 au Grand Saint Bernard, au travers de son histoire, \u00e0 l\u2019aide des enseignements re\u00e7us des chanoines, et \u00e0 l\u2019aide des outils re\u00e7us \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la foi, n\u2019ont fait que raviver mon d\u00e9sir profond d\u2019offrir ma pr\u00e9sence et par la m\u00eame ma vie, dans la gratuit\u00e9 au service de la communaut\u00e9 du Grand Saint Bernard. R\u00e9pondre \u00e0 cet appel int\u00e9rieur de servir et d\u2019actualiser par mon engagement le sacrement du fr\u00e8re dans l\u2019humble quotidien. Par mon humble pr\u00e9sence, par mon humble service, je m\u2019engage au service du Christ.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi l\u2019enracinement d\u2019une histoire dans ma vie. C\u2019est marcher sur les traces de saint Bernard et tous ceux qui lui ont succ\u00e9d\u00e9s, et marcher aujourd\u2019hui avec ses h\u00e9ritiers pour pr\u00e9parer l\u2019h\u00e9ritage de demain. C\u2019est marcher et vivre en v\u00e9rit\u00e9 ce commandement de l\u2019Evangile o\u00f9 l\u2019amour de Dieu et l\u2019amour du fr\u00e8re sont ins\u00e9parables.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9\u00e9e par amour, pour aimer,<br>Fais, Seigneur, que je marche,<br>Que je monte, par les sommets<br>Vers Toi,<br>Avec toute ma vie,<br>Avec tous mes fr\u00e8res,<br>Avec toute la cr\u00e9ation,<br>Dans l\u2019audace et l\u2019adoration.<br>Amen[14]<\/p>\n\n\n\n<p>____________<\/p>\n\n\n\n<p>[1] Office des lectures propre \u00e0 la Solennit\u00e9 de la saint Bernard \u2013 Deuxi\u00e8me lecture : Trait\u00e9 de l\u2019amour de Dieu, de saint Fran\u00e7ois de Sales.<br>[2] \u00ab L\u2019accueil des voyageurs est une exigence de la condition nomade, elle est habituellement pratiqu\u00e9e avec une amicale prodigalit\u00e9 (Gn 24,28-32) qui constitue l\u2019un des plus beaux titres de gloire de certaines civilisations. Violer la loi de l\u2019hospitalit\u00e9 est un acte qui encourt le ch\u00e2timent de Dieu (Gn 19) et la vengeance de tout Isra\u00ebl (Jg 19-20). \u00bb \u2013 Dictionnaire encyclop\u00e9dique de la Bible.<br>[3] COLLIN Matthieu, Cahier Evangile N\u00b056 \u2013 Abraham, Editions du Cerf, p13<br>[4] MOATTI Emile, ROCALVE Pierre, HAMIDULLAH Muhammad, Abraham \u2013 Editions le ch\u00eane de Mambr\u00e9 \u2013 Collection Centurion, Paris, 1992 \u2013 p 88<br>&lt;[5] id. p 88<br>[6] Mt 7,12 : \u00ab Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-m\u00eames pour eux : c\u2019est la Loi et les Proph\u00e8tes. \u00bb<br>[7] Isa\u00efe 58, 7-8 : \u00ab N\u2019est-ce pas partager ton pain avec l\u2019affam\u00e9, h\u00e9berger chez toi les pauvres sans abri, si tu vois un homme nu, le v\u00eatir, ne pas te d\u00e9rober devant celui qui est ta propre chair ? Alors ta lumi\u00e8re \u00e9clatera comme l\u2019aurore, ta blessure se gu\u00e9rira rapidement, ta justice marchera devant toi et la Gloire de YAHVE te suivra. \u00bb<br>[8]Sermon de Saint Jean Chrysostome sur l\u2019\u00e9vangile de Matthieu : Discerner le corps du Christ \u2013 Office des lectures du Samedi, 21\u00b0 semaine.<br>[9] Chanoine Quaglia Lucien, La Maison du Grand-Saint-Bernard \u2013 des origines aux temps actuels \u2013 Imprimerie Pillet, Martigny, 1972 \u2013 p 57<br>[10] Archives du GSB \u2013 Bulle d\u2019Adrien V en 1276.<br>[11]Archives du Grand Saint Bernard.<br>[12] Chanoine Quaglia Lucien, La Maison du Grand-Saint-Bernard \u2013 des origines aux temps actuels \u2013 Imprimerie Pillet, Martigny, 1972 \u2013 p 268<br>[13] en 1725, une ordonnance interdit aux religieux d\u2019offrir aux personnes qui montent ou descendent la montagne, du vin, dont l\u2019abus, toujours nuisible pouvant \u00eatre fatal en haute montagne.<br>[14] Pri\u00e8re du P\u00e8lerin de la montagne, \u00e9crite par le Chanoine Gratien VOLLUZ.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019hospitalit\u00e9, oeuvre de mis\u00e9ricorde. par Anne-Marie Maillard, oblate de la Congr\u00e9gation I \u2013 UNE TRADITION HOSPITALI\u00c8RE \u00c0 L\u2019HOSPICE DU GRAND SAINT BERNARD Le col du Mont Joux (ou Montjou ), situ\u00e9 \u00e0 2500 m\u00e8tres, a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019un des grands<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-52","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/52","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=52"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/52\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2840,"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/52\/revisions\/2840"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gsbernard.ch\/gsb\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=52"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}